COMPTE-RENDU — À l’occasion du centenaire de Montserrat Torrent, le Festival Perelada lui rend hommage avec un concert où le répertoire devient le reflet d’une vie consacrée à l’orgue. Aux côtés de Joan Seguí, l’organiste catalane démontre qu’au-delà de l’âge, la musique demeure intacte.
Dans l’église du Carmen, le Festival Perelada célèbre cette année les cent ans de Montserrat Torrent avec une soirée qui dépasse largement le simple concert anniversaire. Plus qu’un hommage, le programme dessine le portrait musical d’une artiste qui a consacré sa vie à l’interprétation, à l’enseignement et à la redécouverte du patrimoine de l’orgue. Pour l’occasion, le spectaculaire orgue modulaire Wanderer, installé au fond du chœur, attire immédiatement le regard avant de révéler toute l’étendue de sa palette sonore. Initialement annoncée, la participation de Paolo Oreni a finalement dû être annulée pour des raisons personnelles, conduisant à une légère modification du programme assuré par Montserrat Torrent et Joan Seguí.
Un programme à l’image d’une vie
Le choix des œuvres résume avec intelligence les grands axes du parcours artistique de Montserrat Torrent. Bach, qu’elle considérait comme « le but de tous les organistes », occupe naturellement une place essentielle, tandis que Francisco Correa de Arauxo et Joan Cabanilles rappellent son rôle fondamental dans la redécouverte du répertoire ibérique ancien. La création de Pregària a la Verge de Montserrat per abans d’anar a dormir de Bernat Vivancos prolonge cette trajectoire vers la musique contemporaine, avant que Guridi ne vienne refermer le parcours avec une œuvre dont la dimension spirituelle répond parfaitement à l’esprit de la soirée.
L’orgue Wanderer impressionne autant par sa présence visuelle que par ses possibilités sonores. Son ampleur trouve un terrain particulièrement favorable dans les œuvres des XXᵉ et XXIᵉ siècles, où la richesse des couleurs et la profondeur des textures se déploient avec naturel. L’acoustique généreuse de l’église permet toutefois d’apprécier pleinement les jeux de timbres et les lignes contrapuntiques.
Une leçon de musique
Joan Seguí assume avec beaucoup d’élégance les changements de programme. Sa technique solide, la précision de son articulation et son énergie trouvent un terrain d’expression idéal dans le monumental Triptyque du Bon Pasteur de Guridi, servi avec autorité et une belle maîtrise des contrastes.
Mais la soirée appartient naturellement à Montserrat Torrent. À cent ans, elle impressionne toujours par la netteté de son jeu, la qualité de son phrasé et une compréhension profonde des œuvres qu’elle interprète depuis plusieurs décennies. Tout semble guidé par une simplicité musicale qui laisse parler les partitions. Manifestement, la retraite ne figure toujours pas parmi ses registrations préférées.
Un hommage partagé
Le public réserve une ovation particulièrement chaleureuse aux artistes, avec une émotion toute particulière pour Montserrat Torrent. Les applaudissements saluent bien davantage qu’un anniversaire : ils rendent hommage à une musicienne qui continue, un siècle après sa naissance, à défendre avec la même exigence un répertoire auquel elle a consacré sa vie. Une belle manière, pour le Festival Perelada, de célébrer une personnalité dont l’influence dépasse largement les claviers de l’orgue.
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