AccueilSpectaclesComptes-rendus de spectacles - InstrumentalMiracle du concert au Grand Théâtre de Provence

Miracle du concert au Grand Théâtre de Provence

CONCERT – En dépit d’une ouverture supprimée (Dans la nature, de Dvorak) et d’obstacles logistiques en cascade, un concert étoilé, réunissant le pianiste Jan Lisiecki, l’orchestre symphonique de la radio de Francfort et le chef d’orchestre Alain Altinoglu a pu se dérouler au Grand Théâtre de Provence. Quand précocité et universalité des talents musicaux se sont mobilisés, pour la plus grande joie d’un public en quête d’exception.

Concerto déconcertant

Le soliste de la soirée, le canadien Jan Lisiecki, est adoubé, dès sa sortie de l’adolescence, par une institution de l’édition phonographique, Deutsche Grammophon, certainement sensible à la digitalité hyper-virtuose de son jeu, portée par un physique d’ange musicien, à la fois aérien et ancré. 

Très impliqué, non pas à la manière d’un soliste, mais en tant que composante à part entière de l’orchestre, le pianiste mêle nervosité énergétique et présence sereine, depuis les quelques pas qui, depuis les coulisses, le rapprochent de son instrument. Ce qui frappe, dès les premières secondes de sa prise de jeu, est sa manière de poser le premier thème du Concerto pour piano d’Edvard Grieg comme un objet sonore, en produisant un timbre spécifique, et non comme un élément de langage, conception qui caractérisera toute l’interprétation qui suivra.

Gueule d’ange, trajectoire de prodige © Wikimedia Commons

Chez Jan Lisiecki, le chant thématique s’extraie de la résonance plus que du legato… comme si le legato, et partant le lyrisme, était affaire d’alliance entre les timbres plus que de succession serrée entre les notes. Chaque tutti reçoit son attention : appels de cuivres, dialogues avec la petite harmonie, manière qu’a Grieg de déposer de la lumière boréale dans sa musique. Les accords ou les traits d’octaves, plus que les mélodies, semblent être au cœur du jeu de Lisiecki et mobiliser son corps, qui parfois quitte l’assise du tabouret. Le soliste travaille les seuils de l’audible, du pianissimo au fortissimo, à la manière de la musique contemporaine. 

Le chef Alain Altinoglu se glisse dans la conception du jeune soliste, multipliant les révérences entre ce dernier et la phalange, avec une gestique ronde, mue par une exquise politesse, un accueil intelligent de la manière dont la musique peut être vécue, entre jeunesse et tradition. Son regard est discret, respectueux de l’espace intime du soliste. Il fait montre d’une remarquable plasticité pour équilibrer logique de langage et logique de couleur, afin d’accueillir la conception de son soliste.

Le peintre Ravel

Alain Altinoglu est le chef frenchy d’aujourd’hui, qui exporte ses talents et énergies à la tête des grandes maisons philharmoniques d’Europe du Nord. Précision et générosité de l’interprétation se déploient sans retenue avec les Tableaux d’une exposition de Moussorgski, orchestrés par Maurice Ravel. Le travail qui consiste à amplifier, révéler, augmenter les œuvres tient une place profonde dans les programmations actuelles, alors qu’elles étaient des exercices d’école, en leur temps…

À lire également : Alain Altinoglu, le chef que le monde nous envie

La conception de la direction, façon Altinoglu, relève du don et du contre-don : émerveillement et accueil réciproques entre l’orchestre et le chef, chaque protagoniste se laissant saisir par la musique. Les alliages sont divers, rares, splendides, rugueux : soli de saxophone, de tuba, frôlant l’hyper-aigu et l’hyper-grave, et tutti fastueux. Comme chez Grieg, in fine, harmonie et mélodie se dissolvent. La musique semble se lever de son siège et sortir des tableaux, manière efficace d’éviter le gigantisme, y compris dans les unissons, de préserver comme un trésor, la subtilité de l’empreinte ravélienne.

Le public, sous le charme de cette brassée sonore, ne se contente pas d’applaudir, mais adresse des remerciements verbaux aux protagonistes de la soirée, qui, levés à cinq heure du matin, quittent la scène après d’affectueuses et désormais rituelles embrassades.

Demandez le programme !

  • E. Grieg – Concerto pour piano et orchestre en La mineur, op. 16
  • M. Moussorgsky (orch. M. Ravel)Les Tableaux d’une exposition
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