Rota et sa musique, quel cinéma !

CONCERT – Une fois n’est pas coutume (et en l’espèce, c’est bien dommage), l’Opéra de Limoges programme en cette fin de saison une soirée dédiée à la musique de film. Ou dédiée, en tout cas, à l’un des plus grands ambassadeurs du genre : Nino Rota. Silence, moteur, ça tourne !

Allez, hop : un petit cornet de pop-corn, un soda sans sucres, le téléphone sur silencieux, et c’est parti pour la séance. Mais oui, une séance de cinéma, là, sur la scène de l’Opéra de Limoges. Le tout (n’en déplaise aux cinéphiles) sans images ni grand écran, mais avec du son, quand même. Et quel son ! Car le programme du soir est bien consacré à l’un des grands maîtres de la musique de film : l’inégalable Nino Rota, plus de 150 compositions pour le cinéma à son actif et autant de musiques enivrantes à jamais attachées à des longs-métrages légendaires de noir de blanc et de couleurs. Parmi eux, La Dolce Vita de Fellini, Le Parrain, ou encore Mort sur le Nil version Peter Ustinov.

L’as des as

Une figure majeure du septième art en somme, mais dont sont ici aussi célébrés les talents de compositeur de musique symphonique et concertante. Car c’était aussi ça Nino Rota : un maître de l’écriture musicale trouvant ses aises dans tous les styles, le cinéma donc, mais aussi la symphonie, la musique de chambre, et même l’opéra, avec une dizaine de compositions lyriques à son répertoire. C’est le cas d’Il Cappello di paglia di Firenze, opéra daté de 1955 et inspiré par un vaudeville de Labiche, dont est ici jouée la très rossinienne Ouverture. Puis, au programme des réjouissances, il y a cette Sinfonia sopra une canzone d’amore (1972), partition ayant en partie nourri le mythique Guépard de Visconti. Quant à la musique de La Strada, ici jouée dans son format de Suite de Ballet, elle résonne tout aussi largement dans le film éponyme de Fellini, couronné par l’Oscar du meilleur film étranger en 1956, avec à l’affiche Anthony Quinn et Giulietta Masina, actrice fétiche d’un certain Charlie Chaplin.

Les parapluies de Cinecittà
© Pierre Géraudie / Ckêo

De cette musique aux frontières de genres cinématographiques et symphoniques qui finissent au fond par ne faire qu’un, l’Orchestre de l’Opéra de Limoges s’empare ici avec tout l’élan et la verve nécessaires. De chacune des trois œuvres transpirent ces tempi ici enfiévrés et plein d’allant, là plus mélancoliques et tourmentés, une alternance d’ambiances et de transports qui donnent bel et bien l’impression d’être devant un film dont chacun peut se faire son propre scénario. Ainsi, de ces cordes se consumant dans un con fuoco à la chaleur si expressive, à ces cuivres faisant résonner ces notes piquées et bondissantes évoquant le jazz et la rumba (notamment dans le ballet), le chef-réalisateur Pavel Baleff parvient à tirer la plus enivrante des matières, comme s’il tournait lui-même un film nourri par le suspense, le rebondissement et la passion sentimentale. Passion plus perceptible que jamais dans l’Andante de la Sinfonia, porté par un vibrant dialogue entre violons et violoncelle, auquel viennent bientôt se joindre cors et hautbois sur le fil d’une même tonalité torturée.

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Oui, c’est un long métrage qui se joue là devant un public aimanté par tant de variétés de rythmes, par tant de coups d’archets enflammés (dont celui virtuose de la violoniste solo Albi Binjaku) doublés par des trompettes et des cors non moins bouillonnants. Il y a là du Williams et Morriconne, et l’on croirait presque voir surgir Indiana Jones et le cow-boy à l’harmonica, quand d’autres peuvent aussi entendre du Cosma ou du Legrand façon parapluies de Cinecittà. Il y a là en somme de la grande et belle musique de film, de la grande et belle musique tout court, dont les sonorités finissent de charmer le public dans les dernières notes évanescentes de la suite de ballet. Lequel public aura eu envie de taper des pieds, de claquer des doigts, et de frissonner de plaisir aussi, au cours d’un concert conclu par une chaude ovation adressée à de véritables musiciens-acteurs. Des instrumentistes à qui certains spectateurs, le cornet de pop-corn fini, se seraient sans doute bien vus remettre l’Oscar des meilleurs interprètes d’un Nino Rota à l’héritage décidément indémodable.

Demandez le programme !

  • N. Rota – Ouverture du Chapeau de paille d’Italie (1955)
  • N. Rota – Sinfonia sopra una canzone d’amor (1947)
  • N. Rota – La Strada, suite de ballet (1995)
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