AccueilSpectaclesComptes-rendus de spectacles - DanseBallets de Monte-Carlo : le joyau du rocher

Ballets de Monte-Carlo : le joyau du rocher

DANSE – Les Ballets de Monte-Carlo, dont les apparitions sur les scènes parisiennes se font trop rares, affirment leur talent dans un programme saisissant qui mise sur le contraste entre deux univers chorégraphiques diamétralement opposés, mais tout aussi hypnotiques.

D’un côté, Sharon Eyal nous plonge dans une ambiance troublante où la fragilité humaine se révèle à travers une danse inquiète. De l’autre, Jean-Christophe Maillot déploie une véritable ode à la vie, où la virtuosité des interprètes explose dans un rythme effréné et un déluge de couleurs. Une soirée qui met en lumière la polyvalence exceptionnelle des danseurs monégasques, à découvrir jusqu’au 5 mars au Théâtre de la Ville.

Autodance – demi pointes : le goût du risque

La pièce s’ouvre sur un solo saisissant : un danseur marche mécaniquement, glissant à grande amplitude, sa tête basculant de gauche à droite comme un métronome réglé sur les pulsations hypnotiques d’Ori Lichtik, figure phare de la scène techno de Tel-Aviv. Ce rituel magnétique s’amplifie quand treize autres danseurs le rejoignent. Juchés sur leurs demi-pointes – les pas signatures d’Eyal – ils marchent et se cambrent dans une synchronisation parfaite jusqu’à frôler le vertige, se penchent vers l’arrière avec leurs mains qui étreignent leurs côtes comme pour contenir une force invisible menaçant de s’échapper de leurs corps. La métamorphose est saisissante : l’individu s’efface dans le collectif, qui devient lui-même un organisme unique, vibrant d’une animalité primitive. 

Ce langage corporel viscéral sur demi-pointes, immédiatement identifiable, porte l’empreinte indélébile de Sharon Eyal. Chorégraphe nomade par excellence, adulée par toutes les compagnies de ballets actuelles, (NDT, Royal Swedish Ballet, Staatsballett Berlin, au Bayerishes Staatsballett de Munich …), elle a su forger une esthétique aussi reconnaissable que singulière. Son génie réside dans sa capacité à réinventer sa signature sans jamais tomber dans la répétition, créant à partir de son vocabulaire fondamental des œuvres toujours singulières. 

© A.BLANGERO

Pour « Autodance », conçue initialement en 2018 pour les danseurs de l’Opéra de Göteborg et désormais magnifiquement interprétée par les Ballets de Monte-Carlo, la chorégraphe israélienne n’a pas strictement respecté la commande initiale de Jean-Christophe Maillot, directeur des ballets de Monte-Carlo, qui souhaitait une adaptation sur pointe d’une de ses pièces. Qu’importe, elle a choisi de mêler sa gestuelle singulière de touches classiques subtilement insérées : grands pliés, développés majestueux mais surtout exploration de la demi-pointe jusqu’à ses ultimes retranchements. 

Ce mouvement perpétuel, d’une organicité envoûtante nous entraîne, tout en éveillant chez nous une empathie physique pour les pieds des danseurs. Cette démarche précaire sur demi-pointes sans chausson révèle une sorte d’anxiété existentielle : nécessité d’avancer groupés sans s’affirmer, de peur de se faire rejeter. Elle chorégraphie une danse de l’inquiétude, comme si chaque pas portait en lui la menace imminente d’une chute, une danse perpétuellement en équilibre sur le fil du rasoir.  

© A.BLANGERO

Vers un pays pas si sage que ça – muer le père

Changement radical d’atmosphère : nous voici embarqués vers une pièce beaucoup plus légère, bien moins sage que son titre ne le suggère. Cette création emblématique, pilier du répertoire des Ballets de Monte-Carlo depuis plus de trois décennies, a été conçue en 1995 par Jean-Christophe Maillot, directeur de la compagnie, en hommage à l’insatiable appétit de vie et à la fougue créatrice de son père, le peintre Jean Maillot, virtuose de la couleur. Cette pièce a traversé l’épreuve du temps en conservant sa fraîcheur. Loin d’être un requiem larmoyant, elle constitue une vibrante invitation à vivre malgré les épreuves de la vie et à célébrer la présence invisible des êtres disparus, qui ont été chers à notre cœur. 

Sur la partition cadencée de John Adams et sur des aplats lumineux aux teintes vives qui colorent la scène, douze danseurs seulement – mais qui donnent l’impression d’être bien plus nombreux – exécutent pas de deux, trios ahurissants et danses collectives à un rythme vertigineux, sans jamais s’arrêter. De tous côtés, les interprètes surgissent des coulisses en trombe, latéralement ou en diagonales, enchaînant grands jetés, bras élancés jusqu’au bout des doigts, cambrures du dos ou sauts audacieux. 

© A.BLANGERO

Le vocabulaire chorégraphique de Maillot, plus contemporain que classique, évoque parfois Robbins, tout en se distinguant par la modernité assumée de positions non académiques. Il réussit l’exploit de capturer simultanément la frénésie de la jeunesse et l’ivresse des premiers amours, où les femmes, magnifiées par leurs partenaires masculins, prennent souvent l’ascendant, puissantes et souveraines.

À lire également : Ballet de Monte-Carlo : le Faust en rouge et noir de Jean-Christophe Maillot

L’émotion culmine lors du pas de deux final qui émerveille par sa sensualité, se déroulant devant une toile de Jean Maillot, issue de son ultime exposition, intitulée justement Un pays sage. Joli portrait…

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