CONCERT – L’Orchestre National Avignon Provence dirigé par Débora Waldman sème le chaud et le froid avec un programme 100% Mozart, parsemé de la douce brise que souffle la clarinette de Pierre Génisson.
Symphonie Haffner, Concerto pour clarinette et extraits d’opéras : c’est un panel complet de la météo mozartienne qui est proposé au public pour ce concert.
Don Giovanni – moins blizzard glacial que mistral provençal
Il commence par le froid sévère de l’ouverture de Don Giovanni, lancée sur les chapeaux de roues à peine les applaudissements d’entrée terminé. L’accord principal souffre un peu du réchauffement climatique et n’a pas l’effet glaçant des hivers les plus rudes, notamment en raison d’une netteté perfectible et d’un tempo vif qui balaye rapidement le blizzard vers des eaux plus chaudes. L’obscurité qui lui succède en est d’autant plus profonde : dans celle-ci évoluent subtilement les motifs de violons s’imprégnant de l’ambiance angoissante depuis laquelle ils émergent. Le fil conducteur de l’ouverture qui reprend les motifs principaux de l’opéra est bien lisible. Les transitions orchestrales sont marquées, tout en conservant la continuité de l’ensemble. Elles permettent ainsi de balayer les passages de l’opéra et les émotions qu’ils véhiculent : la fête d’un mariage, la tragédie d’un meurtre, l’horreur de la trahison « amoureuse », comme la candeur de ses victimes…
Douceur printanière – Pierre Génisson et l’Orchestre National Avignon Provence fatalement amoureux.
Mais le printemps est bientôt là, dans les dialogues de la clarinette de Pierre Génisson avec l’orchestre comme dans les airs de Cosi fan Tutte. Dans ces derniers, transcrits par Bruno Fontaine, la clarinette remplace les voix. Dès le premier mouvement du concerto, l’orchestre installe la rondeur légère dans laquelle évolue une clarinette pastorale. Comme les rayons délicats du soleil, le médium de l’instrument éclaire la pièce pendant que des graves mordants viennent obscurcir la musique, courtes averses dans un ciel bleu. Sur la fin de l’allegro, les notes aussi agiles que cristallines sont un arc-en-ciel dans la bruine.
Mais le printemps c’est aussi la saison des amours ! L’adagio évoluant de la langueur à la minaude est habité autant d’espoir que de mélancolie. La lenteur pertinente du tempo laisse l’émotion s’installer, et prépare en contraste la vivacité du crescendo final qui commence à instiller l’ambiance électrique de la symphonie. La richesse des dialogues entre la clarinette et l’orchestre sur la fin du « Come Scoglio » installe le doute qui commence à infuser l’esprit de Fiordiloigi à contresens de ses mots. Le subtil alliage de fermeté, de limpidité et de volubilité dans lequel se fond autant l’orchestre que Pierre Génisson porte la leçon de Despina, aussi magistrale que truculente dans « Una donna a quindici anni ».
Brûlant et langoureux – le soleil de la Haffner
Enfin, l’orchestre enveloppe l’auditeur dans la chaleur d’une Symphonie n°35, immersive dès l’allegro con spirito. Il redouble de précision par rapport au reste du concert et ne compte aucune faille technique sur l’ensemble des quatre mouvements, y compris dans les passages les plus rapides. Avec une ferveur endiablée, il fait monter la température du premier mouvement à un niveau presque brûlant. Dans cette énergie d’ensemble les notes conservent leur portée et produisent leur effet dans l’esprit de l’auditeur. L’andante offre une chaleur plus indolente qui invite à se lover comme sur du sable chaud au bord de la mer. Les solistes y dialoguent en amants partageants de délicats mots d’amour. Les rebonds du presto, poussés par la tonicité des percussions qui rafraichissent l’ambiance, comme un cocktail glacé à la fin d’une journée d’été.
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Chauffé à blanc, le public applaudit avec ferveur les artistes. Le « voi che sapete » (air de Chérubin dans les Noces de Figaro) arrangé pour flûte et orchestre est donné en rappel. Après la seconde vague d’acclamation qui s’en suit, Pierre Génisson et la chef décident de donner un second bis et demandent sur le moment à l’orchestre de rejouer le second mouvement du concerto pour clarinette.
Demandez le programme !
W.A Mozart :
- Ouverture de Don Giovanni
- Concerto pour Clarinette en la majeur, KV622
- Così fan Tutte « Una donna a quindici anni » (transcription pour clarinette et orchestre)
- Così fan Tutte « Come scoglio » (transcription pour clarinette et orchestre)
- Symphonie n°35 « Haffner »
Pierre Génisson a enregistré Mozart 1791 en 2023. Y figurent les arrangements d’airs d’opéra de Bruno Fontaine, le Concerto pour clarinette et un transcription du Lacrimosa du Requiem de Mozart.

