FESTIVAL – Le Rungis Piano-Piano Festival, organisé par Arthur Ancelle et Ludmila Berlinskaïa a lancé son édition 2025 ! Un week-end prolongé, du 1er au 5 octobre, pour découvrir l’univers du clavier à partager. Et ça commence fort, avec un duel loufoque de pianos à la sauce théâtre d’impro. On a bien rigolé…
Deux pianos sont installés sur la scène du théâtre de Rungis. Jusque-là pas de problème, on est bien au Rungis Piano Piano. Mais, pendant l’entrée du public, dans la pénombre du plateau, un homme s’échauffe, sifflet à la bouche et klaxon à la ceinture. Attendez, on est où là ? C’est un récital de piano ou un match de boxe ?
Les deux mon capitaine ! Oui, le spectacle d’ouverture du Rungis Piano-Piano Festival n’est pas un récital BCBG : c’est un match entre deux adversaires redoutables, animé et jugé par un arbitre dont le personnage et la fonction sont calqués sur les arbitres du théâtre d’impro. On comprend assez vite qu’on va bien rigoler…

Et on est pas déçus ! Avec ce qu’il faut de loufoquerie, d’idées géniales (la pénalité « gant de boxe » par exemple) et de bonnes vannes, Yvan Richardet mène sa barque en expert du genre, juste assez désagréable pour être crédible.
Les règles du « Piano fight » (à ne pas confondre avec le Harpe-basketball) sont claires : deux pianistes s’affrontent dans des catégories qui mettent leur talent et leur créativité à rude épreuve. En voici quelques-unes, pour vous donner une idée :
- L’Univers musical : le public choisit trois mots associés tantôt au classique, tantôt au jazz, et changer aux candidats d’improviser. Ce soir-là pour le classique, le public a choisi : « Tragique », « Frisson » et « Paris l’hiver ». Tout un programme…
- La Devinette : une personne choisit une couleur, et le candidat doit la faire deviner au reste du public. Ce soir-là pour le jazz, c’était la couleur Rose. Édith Piaf a donné un joli coup de main…
- Le Cocktail : le candidat doit faire deviner une mélodie en la mélangeant avec une autre, choisie par le public. Ce soir-là : Smoke on the Water rencontre We are the champions.

Mais quid des deux candidats ?
Dans le coin rouge : Florian Favre, représentant du jazz. Il ne se dégonfle pas quand lui est imposé un Fly me to the Moon façon free jazz, qui met sa connaissance de tous les répertoires à rude épreuve.
Dans le coin bleu : Lucas Buclin, représentant du classique. Pour lui, c’est Liszt qui sort du chapeau. Il faut alors, comme pour son collègue, convoquer les marqueurs du style pour rendre crédible l’improvisation, et récolter les points de la victoire.

Car en fait, au-delà de la forme déjantée, des règles absurdes et de la bonne partie de rigolade, toute la qualité du spectacle repose sur la capacité des interprètes à vraiment se prêter au jeu. Quand on annonce un mash-up Sinatra-Liszt, il faut qu’on reconnaisse les deux. Quand un candidat doit se plier à une règle, même si dans le fond c’est pour rigoler, il faut le faire sérieusement. Quand on joue au Piano fight, il faut jouer pour gagner. Quitte à parfois (et littéralement), devoir jouer des coudes pour mettre son adversaire K.O.
À lire également : Paul Lay et Bojan Z : une rencontre au sommet à Rungis
La réussite de ce spectacle tient à une chose toute simple : les musiciens sont bons ! Alors, la prochaine fois que vous croisez dans une programmation un match d’impro au piano, n’hésitez pas une seconde.


