COMPTE-RENDU – Pour achever l’année en beauté, l’Opéra de Limoges mise sur l’un de ses atours majeurs, son chœur, et sur un répertoire festif de circonstance. Résultat ? Un « Best’Offenbach » propre à donner à tous la folle envie de danser, de pouffer gaiement, et bien sûr de chanter.
Et si on l’écoutait enfin, cette petite voix qui n’incite qu’à se faire plaisir ? C’est la fin de l’année, il n’est question que de fêtes et de cadeaux à gogo, et il est donc plus que jamais temps de s’en faire une, de belle surprise, en poussant la porte d’une salle où seraient donnés… mille opérettes à la fois ! Mille ? Bon, sans doute un peu moins. Mais tout de même, comme elle est alléchante, pour qui aime la musique qui pétille, cette affiche qui annonce un concert où il s’agirait d’entendre quelques-uns des plus grands airs des masterpieces d’Offenbach. Offenbach, le père de La Belle Helène et de Barbe-Bleue, hein, pas les rois modernes du dancefloor (qui ont eux une autre approche de la vie parisienne).

Alors on la suit, cette voie qui mène tout droit à la salle de spectacle ? Of course. Direction non pas l’Opéra-Théâtre de Limoges, mais une Maison des Arts située dans un quartier périphérique de la ville, qui voit donc (ô luxe) l’art lyrique s’inviter chez lui. Et la foule répond présente : plus une place n’est disponible pour venir assister à ce spectacle dont le nom fort bien trouvé, « Best Offenbach », annonce la couleur. Il faut le meilleur du meilleur de l’opéra-bouffe ? Chiche : La Vie Parisienne, Le Voyage dans la Lune, Les Brigands, Orphée aux Enfers, La Belle Hélène… Le « best » est là, en effet, sans oublier Les Contes d’Hoffmann. Et il semble bel et bien y avoir de quoi taper du pied et fredonner quelques entêtantes mélodies !
Un balai bien réglé
Et si, au contraire, il y avait de quoi rester sans voix ? C’est que l’effet est saisissant. Il n’y a là aucun orchestre, aucun rideau rouge ou doré (c’est selon), aucun décor autre qu’une petite estrade, et pourtant, tout concourt bel et bien à se croire à l’opéra ! Déjà car, pour servir les intérêts de ces œuvres légères, les chœurs portent des costumes aussi rigolos que colorés, de belles chemises version slim fit côtoyant des survet’s de sport façon « d’jeun » des années 2000. Il y a aussi ce mouvement permanent, travaillé et d’apparence pourtant si spontanée, qui permet de donner pleinement vie à une scène où, d’un bout à l’autre, il se passe donc toujours quelque chose. Ici une pirouette, là une étreinte, là une petite course improvisée après avoir passé un petit coup de balai (et pourquoi pas ?). Ces choristes ont de l’énergie à en revendre, et ils ne se privent pas d’en faire la démonstration, bien encouragés en cela par la créative Claire Manjarrès (auteure de cette mise en espace), laquelle démontre ici qu’avec peu de choses, mais aussi en un temps record d’à peine quelques jours, il est donc possible de monter un spectacle parfaitement vivant et à la mécanique joliment réglée.
Aussi, est-ce justement parce que la bonne voie lui est une nouvelle fois montrée ? Le Chœur de l’Opéra de Limoges, en tout cas (qui prouve donc ici qu’il peut remplir une salle sur son seul nom), fait une nouvelle fois montre d’une excellence certaine à l’heure de servir ce répertoire pourtant exigeant. Car il faut chanter, bien sûr, mais aussi dire, raconter, faire rire. En clair : jouer. Et en tout cela, les troupes d’Arlinda Roux Majollari sont donc assurément expertes, elles qui viennent même chanter directement depuis les tribunes, au plus près des spectateurs (dont certains se voient même offrir une coupette).
Ainsi, qu’il faille célébrer une splendide fête ou greloter sous la neige (Le Voyage dans la Lune), camper des carabiniers qui arrivent toujours trop tard pour secourir les particuliers (Les Brigands), ou encore donner le ton d’un bal original au pas d’un galop forcément infernal (Orphée aux Enfers), le matériau sonore se fait des plus engagés et expressifs, l’ensemble des tessitures sachant parfaitement fusionner pour créer une idéale éruption de phrasés percutants, de répliques qui font mouche et de mélodies qui enivrent. Pour ce faire, ces choristes, certes familiers avec ce répertoire qu’ils ont pu chanter souvent ces dernières saisons, sont d’ailleurs bien aidés par la femme-orchestre qu’est Elisabeth Brusselle, qui ne se contente pas de donner le juste tempo derrière son piano : par son jeu allègre, elle apporte ici encore plus de couleurs, de rythme et d’entrain à un spectacle réjouissant d’un bout à l’autre.
Coup de cœur pour ce chœur
Et parce qu’après que le volcan sonore se soit calmé, la voie est libre, le public en profite donc pour applaudir chaleureusement les artistes (tant les chœurs que leurs encadrants) qui, essentiellement portés par leur bonne volonté et leur amour de cette joyeuse musique, auront su produire un spectacle assurément haut en couleurs et d’où l’on ressort le cœur en joie et le sourire franc. Un spectacle qui tournera encore autour de Limoges, en janvier, et qui, en matière de création originale, de spectacle au format de poche aisément déplaçable, avec en plus un programme nourri par de grands airs d’opéra, est assurément la voie à suivre !

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