AccueilA la UneBarbara Hannigan fait danser Montréal

Barbara Hannigan fait danser Montréal

COMPTE-RENDU – L’Orchestre symphonique de Montréal propose un concert qui refuse obstinément de se comporter comme tel. Programme raccourci à la dernière minute, pas d’entracte, et une politique de surclassement qui semble avoir répondu à un impératif moral : personne ne doit rester trop loin de la fête.

Avant même la première note, on invite le public à danser. Deux professionnels animent une initiation, et le foyer commun pour accéder à la salle se transforme en dancefloor improvisé. À ce stade, le message est clair : ce soir, on ne reste pas sage.

© Gabriel Fournier

C’est le saxophoniste de l’orchestre (micro en main, sourire en bandoulière) qui assure la présentation, détaillant les influences d’un album de Barbara Hannigan. Puis elle arrive. Elle salue à peine, lance un décompte façon big band, et sans transition inutile, le concert démarre. La direction est souple, parfois désinvolte, toujours joueuse. Hannigan s’amuse sur le plateau, oscille entre battue précise et déhanchements assumés. L’orchestre, plus discipliné, reste parfois en retrait, surtout lorsque les percussions, très en verve en première partie, décident d’occuper tout l’espace sonore sans forcément solliciter l’avis des autres.

Swing, micros et podium multifonction

Dans In the Mood de Glenn Miller, la direction devient franchement sensationnaliste. Les lumières changent à chaque œuvre, plongeant la salle dans des univers successifs, comme un zapping musical parfaitement assumé. Dès la deuxième pièce, Hannigan transforme son podium de direction en scène personnelle et y pose sa voix. La sonorisation au micro réclame cependant un petit temps d’adaptation : les premières phrases exposent quelques bruits parasites et des sauts d’intervalles encore hésitants. Rien de rédhibitoire, mais ici, tout s’entend.

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Au fil du concert, la voix se stabilise. La posture aussi : jambes solidement ancrées, buste en léger balancement, Hannigan incarne chaque ligne mélodique dans une tradition mélodramatique très visuelle : quelque part entre diva lyrique et star du cinéma, période noir et blanc. Elle chante en français comme en anglais, et l’on sent que la voix se module avec la langue. Les aigus circulent plus librement que les médiums, mais l’engagement scénique balaie toute hésitation.

Quand la danse s’invite sans frapper

La troisième œuvre marque le retour des deux danseurs — déjà familiers au public pour avoir été leurs professeurs quelques minutes plus tôt. Les jeux de lumières projettent leurs ombres de part et d’autre de la scène, et Hannigan prend le temps de les remercier après chaque intervention. L’orchestre, parfois laissé en totale autonomie, s’en sort d’ailleurs avec panache.

Dans Youkali de Kurt Weill, Hannigan va jusqu’à s’agripper au garde-fou du podium pour contenir un corps manifestement prêt à quitter l’orbite terrestre. Le geste est théâtral, assumé, presque excessif. Presque.

Invitée de prestige et final couleur rose

L’invitée spéciale Marie-Nicole Lemieux entre en scène pour Non, je ne regrette rien d’Édith Piaf. Voix ronde, ample, vibrato parfois capricieux mais déclamation sincère : la tradition de la chanson française est respectée, et l’amplification, cette fois, joue en faveur du propos.

Hannigan conclut souvent les œuvres dans un geste suspendu, bras levé au-dessus de la tête, comme si le son devait encore flotter quelques secondes avant d’être autorisé à disparaître. La fin du concert glisse naturellement vers I Could Have Danced All Night de My Fair Lady, prélude à la soirée dansante annoncée. Après une parenthèse quasi philosophique au micro (merci encore au saxophoniste), Lemieux revient, désormais en tenue de soirée, pour La vie en rose. Puis, ultime abandon du sérieux : le Duetto buffo di due gatti de Rossini, parfaitement assumé dans son absurdité féline.

Un dernier verre ?

La salle se lève instantanément pour une standing ovation. Le concert est terminé, mais la soirée, elle, continue autour d’un cocktail offert par la distillerie Rosemont.

Avec Barbara Hannigan, l’OSM n’a pas seulement donné un concert : il a organisé une soirée festive où la musique avait le premier mot. Et visiblement, personne n’a songé à décliner l’invitation.

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