AccueilA la UneLe Roi d’Ys à Strasbourg ou le rêve armoricain

Le Roi d’Ys à Strasbourg ou le rêve armoricain

COMPTE-RENDU – Formons le vœu que tous les opéras oubliés du répertoire puissent, par leur qualité, obtenir le Graal d’un séjour régulier au répertoire lyrique ! Et si Edouard Lalo surfait sur cette vague ?

Comme un poisson, Lalo

Avec les siècles, le nombre d’œuvres lyriques croît mécaniquement, au grès des créations, figures imposées en tout temps à tous les opéras du monde. Dans ce flot continue d’innovations musicales, les partitions se mènent une compétition de plus en plus féroce pour avoir droit à l’affiche. Beaucoup d’ouvrages sont ainsi inexorablement oubliés, sans nécessairement générer d’invivables frustrations. Beaucoup de créations contemporaines sont d’ailleurs composées sans même avoir l’ambition de s’imposer dans ce grand Squid Game lyrique. Heureusement, certaines maisons d’opéra se sont fait une spécialité de repêcher des ouvrages injustement écartés. L’Opéra du Rhin en fait partie, et Lalo s’en retrouve sauvé des eaux, avec son Roi d’Ys basé sur une légende bretonne dans laquelle un village est précipité sous les flots. Grands airs, chœurs magnifiques aux harmoniques complexes et aux mélodies enjouées, orchestration riche et variée : vraiment, cet opus mérite sa wild-card.

Le Roi d’Ys – © Klara Beck
Vague à l’âme

Le metteur en scène Olivier Py livre une version très sombre de l’œuvre. Littéralement. Tout le décor est noir. Les costumes aussi (qui placent l’action dans le contexte de l’occupation allemande de 1870, période contemporaine de création de l’œuvre -1888), lorsqu’ils ne sont pas blancs (robe de mariée et aube de pape de Saint-Corentin). Comme une plongée psychanalytique dans les abysses de l’âme. La scénographie de Pierre-André Weitz émerveille par sa transformation constante et fluide et son torrent inépuisable d’idées. Le décor tourne, monte et descend, se réagence. Il représente un port (Ys est au bord de l’océan) avec son phare (qui met une lumière dans les yeux des spectateurs toutes les sept secondes), ses grues, ses hangars et ce paquebot, au loin, rappelant le Titanic qui, comme le village, aura fini englouti.

Le Roi d’Ys – © Klara Beck
Vague. Antonyme : précis

A la tête de l’Orchestre National de Mulhouse et du Chœur de l’Opéra national du Rhin, Samy Rachid, sorti de l’Opéra Studio de l’Opéra du Rhin il y a trois ans, livre une battue large et expressive, parfois maniérée. Il y alterne le très bon et le frustrant. Il sculpte en effet des pages d’une grande délicatesse, bien aidé par des solistes instrumentaux inspirés, et obtient des explosions tonitruantes, lames de fond faisant vibrer « l’onde wagnérienne ». Mais l’ensemble manque parfois de précision, notamment chez les chœurs, certes vibrants et aux sonorités colorées, mais jamais parfaitement ensembles, ce qui empêche toute compréhension du texte. Certains élans guerriers pourraient également être plus relevés (notamment dans l’ouverture).

Le Roi d’Ys – © Klara Beck
Voix d’eau

Le plateau vocal se montre engagé scéniquement et concerné par une diction précise du français :

  • Lauranne Oliva interprète Rozenn avec une candeur appréciable, et un timbre riche et bien soutenu. Ses phrasés très travaillés apportent à ses parties une grande musicalité.
  • En Mylio, Julien Henric expose un ténor épais et clair, qu’il monte volontiers en falsetto pour adoucir ses aigus amoureux. La voix reste toujours impactante, même lorsqu’elle se serre à la fin de l’ouvrage.
  • En Margared, Anaïk Morel passe par toutes les émotions (tendresse, abandon, peur, colère vengeresse, cynisme, repentir), accommodant sa voix à chaque situation : tantôt dure, parfois plus douce, souvent escarpée avec des changements de registre abruptes, toujours chaude et large.
  • Jean-Kristof Bouton se fait remarquer en Karnac par sa belle voix de baryton vive et vigoureuse.
  • Bien que titulaire du rôle-titre, Patrick Bolleire ne dispose pas du rôle le plus important, ni en quantité ni en qualité. En outre, ce rôle est peu mis en valeur par la mise en scène qui le cantonne à jouer un vieillard grabataire. Il s’en acquitte toutefois avec sérieux, d’une voix râpeuse, tendre et puissante.
  • Jean-Noël Teyssier en Jaël dispose d’une voix vibrionante et ambrée, bien émise mais disparaissant dans le grave, tandis que Fabien Gaschy en Saint Corentin interprète un illustre revenant à la voix lumineuse et aux graves chaleureux.
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