COMPTE-RENDU — C’est bien connu, la vie parisienne ne s’arrête jamais, y compris le dimanche. Les « Midis musicaux » de l’Opéra de Paris sont l’occasion pour les spectateurs de découvrir les musiciens de l’orchestre dans des programmes de musique de chambre, loin de leur répertoire habituel, mais où leurs qualités individuelles apparaissent avec encore plus d’évidence.
Pendant une petite heure en ce dimanche midi, les musiciens de l’Orchestre de l’Opéra national de Paris quittent la fosse pour investir la scène, dans un programme de musique de chambre qui met à l’honneur leurs talents propres. Le public est plus varié, l’état d’esprit est plus léger, on applaudit entre les mouvements – les lieux mêmes semblent un peu moins imposants. Un moment à part, hors du temps et hors des codes.
Mozart passe à table
De respiration, il en était tout particulièrement question avec ce programme entièrement dédié aux vents, tout d’abord avec le Divertimento n°14 en si bémol majeur de Mozart. Écrite pour deux hautbois, deux bassons et deux cors, cette pièce servait probablement de musique de table pour le prince-archevêque Colloredo, mais le compositeur n’en a pas moins soigné l’expressivité et la diversité des quatre mouvements, le tout dans une atmosphère joyeuse et enlevée. Le matériau thématique repose en majeure partie sur les épaules des hautboïstes Philibert Perrine et Jacques Tys qui partagent un même sens du phrasé, doublé, chez le premier, d’une longueur de souffle et d’une délicatesse de l’ornementation dans le Menuet. Pauline Chacon et Romain Albert apportent quant à eux, par touches, les couleurs brillantes du cor, qui contrastent avec les interventions plus rythmiques des bassonistes Laurent Lefèvre et Ludovic Tissus. Un véritable divertissement donc, une récréation : c’est la fin de semaine après tout !
Strauss dominical
La Sonatine n°1 de Strauss, sous-titrée « De l’atelier d’un invalide », est de proportions plus vastes avec ses seize instrumentistes et environ 35 minutes d’exécution (on a le temps, c’est dimanche !). Elle n’en a pas moins, par moments, une forme de légèreté et d’ironie caractéristiques du compositeur. Les musiciens en proposent une version très dense, avec peu de nuances piano et assez peu de moments de respiration : l’ensemble est assez massif, mais on entend la grande expérience opératique de ces interprètes. On reconnaît en effet, à la fin du premier mouvement, l’écriture vocale de Strauss, tandis que le Menuet prend la forme d’une conversation entre les instruments solistes. Les musiciens de l’Orchestre de l’Opéra de Paris y déploient leur expressivité théâtrale, leur lyrisme, leur esprit aussi, car l’œuvre straussienne ne manque pas de caractère. Et si les premières mesures du Finale, avec leurs couleurs un peu étranges, n’étaient pas idéalement lisibles, les dernières pages font entendre une remarquable homogénéité des phrasés et une intrication rigoureuse des différentes voix.
Le public salue les concertistes par des applaudissements nourris. Voilà une occasion d’entendre, plus que ne le permet le répertoire lyrique, les grandes qualités individuelles des musiciens de cet orchestre. Pour eux, pas de jour off !
À Lire également : Des bélugas en chœur aux forêts enchanteresses
Photo de Une : © Jean-Pierre-Delagarde

