CONCERT — Beethoven avait peut-être perdu l’ouïe, mais à l’Opéra Grand Avignon, personne ne laisse ses oreilles dans sa poche. Avec Mon Beethoven à moi, le pianiste Jean-François Zygel propose bien plus qu’un concert : un stand-up symphonique où le compositeur devient matière vivante, à raconter, détourner et réinventer.
Dans le cadre d’un partenariat entre l’Orchestre national Avignon-Provence et le
Conservatoire d’Avignon, la soirée commence en amont avec un atelier d’improvisation au
Conservatoire ouvert au public (la veille du spectacle). Mais c’est sur scène, aux côtés de
l’orchestre dirigé par Débora Waldman, que Zygel déploie pleinement son art : faire aimer
Beethoven sans jamais le figer.
Mix beethovenien
Dès les premières minutes, la couleur est annoncée. Voix posée, humour discret, regard complice : sans micro visible (mais clairement sonorisé), Zygel embarque le public pour un voyage à Vienne, le 22 décembre 1808. Pour le prix d’une place, difficile de refuser. Très vite, la salle est tout ouïe.
Le principe est simple, et redoutablement efficace : un extrait de Beethoven, suivi d’une
improvisation. De la 5ᵉ à la 7ᵉ symphonie, de l’Héroïque à la Pastorale, en passant par la
Marche militaire ou les Danses de Mödling, les classiques défilent… mais jamais comme on
les attend. Chaque thème revient transformé, prolongé, parfois malicieusement détourné.
Impossible de ne pas repartir avec une mélodie dans l’oreille.
Cette anecdote est-elle vraie ou fausse ?
Entre deux interventions musicales, Zygel enchaîne anecdotes et traits d’esprit avec un sens du rythme bien huilé. Certaines informations mettent peut-être la puce à l’oreille, et avec son humour, certaines déclenchent des rires dans la salle. Beethoven aurait-il eu quelques années de plus qu’on ne le croyait ? Johnny Hallyday aurait-il déclamé un poème sur la 7ᵉ symphonie ? Aurais-t-on bientôt des billets de 5 € à l’effigie de Beethoven ? Peu importe, au fond : ce qui compte, c’est l’élan. Et il ne faiblit pas.
Roue libre
Mais le cœur du spectacle reste dans les improvisations de Zygel. Tantôt proches de
Beethoven, tantôt résolument libres, elles prolongent et transforment les thèmes entendus.
Par moments, le lien se fait ténu, mais c’est précisément là que le plaisir surgit. Le pianiste va même jusqu’à pincer les cordes à l’intérieur de son instrument pour évoquer
la violence d’une tempête. Geste rare, mais effet saisissant. Dans la salle comme sur scène, on écoute, on observe, on s’amuse : les expressions de Débora Waldman en disent long.
Face à lui, l’orchestre ne se contente pas d’accompagner. Sous la direction souple de
Débora Waldman, les musiciens réagissent avec précision, alternant attaques franches et
phrasés plus feutrés. Une écoute constante s’installe, chacun prêt à suivre les imprévus du
pianiste. Moment marquant : la Pastorale. Avant l’orage, Zygel en isole les effets, comme pour en révéler les rouages. Puis l’orchestre recompose l’ensemble, installant une tension
progressive. Résultat : une tempête lisible, presque pédagogique.
À portée d’oreille
Le concert s’achève avec le finale de la 7ᵉ symphonie, accueilli par un public conquis qui
remercie les artistes chaleureusement. En bis, Zygel revisite la Lettre à Élise avec quelques
clins d’œil inattendus qui font rire le public.
Au fond, la réussite de la soirée tient à un équilibre rare : rendre Beethoven accessible sans
le simplifier, ludique sans le caricaturer. Et si Beethoven n’entendait plus rien, à Avignon,
tout le monde, lui, avait les oreilles grandes ouvertes.
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Photo de Une : © DR

