COMPTE-RENDU — Jonas Kaufmann poursuit son incursion dans le répertoire de l’opérette au Théâtre des Champs-Élysées avec Magische Töne, un florilège d’extraits d’opérettes hongroises accompagné par l’Orchestre Philharmonique de Baden-Baden dirigé par Jochen Rieder et rejoint par la soprano Malin Byström. « Hurrá ! ».
Jonas Kaufmann, qui a à son actif un nombre de rôles et d’enregistrements conséquent, poursuit toutefois sa recherche de nouveau répertoire. Après s’être consacré à l’opérette viennoise, il s’attaque aujourd’hui à l’opérette hongroise dans un programme intitulé Magische Töne (tonalités magiques) où se côtoient mélancolie et tendresse ainsi que des danses entraînantes aux accents tsiganes.
Un voyage en viennoiserie
Si ce répertoire est peu connu du public français, il affiche cependant quelques noms célèbres : Johann Strauss II, le roi de la valse, Ferenc Erkel, le compositeur de l’hymne national hongrois. Franz Lehár eut son heure de gloire dans l’hexagone comme en atteste cette auditrice chenue qui, à l’écoute de l’ouverture du Pays du sourire, ne put se retenir de fredonner quelques notes avant d’être rappelée à l’ordre par ses voisins. Eh oui, les voyages à Vienne, ce n’est pas que pour le Nouvel An.
Sono à la magyar
La présence sur scène de deux micros surprend et questionne : pourquoi ces deux interprètes habitués au répertoire wagnérien et verdien auraient-ils besoin de micro ? Il est vrai que l’orchestre demeure sur scène et pas en fosse et que la riche orchestration des pièces obligerait les solistes à un engagement intense. Si la déconvenue de ne pas profiter directement de la voix des chanteurs est bien réelle, la finesse de la sonorisation ne nuit cependant pas au contact des artistes avec le public pour un partage d’émotion.

En plus du micro, le ténor dispose de deux tablettes (la soprano chantant tout par cœur). Ceinture et bretelles pour le ténor qui explique en français être rassuré en cas de panne de l’une des deux. Il présente également son projet de revenir aux versions d’origine en langue hongroise tout en plaisantant sur la difficulté de cette langue, l’un des plus difficiles au monde !

Paprika et chantilly
Si le ténor use d’une assistance technique il n’a aucunement besoin d’assistance respiratoire tant ses phrasés sont conduits dans un legato d’une suavité à se pâmer. Sa voix se fait crémeuse, en demi-teinte pour évoquer la nostalgie du pays. La crème manque cependant de tourner dans « Magische Töne » tant son émission est allégée. Recherchant l’extrême douceur il prend des risques et la voix atteint plusieurs fois son point de rupture. Cependant, le chanteur a du métier et un charisme fou, le public ne lui en tient aucunement rigueur et l’acclame chaleureusement.
D’autant que sa voix s’affermit au cours du concert, s’incorporant dans des sonorités musclées pour chanter la passion, encore plus brûlante que la sauce du goulasch, dans le duo « Komm mit nach Varasdin ! ». Si les aigus sonnaient mats en début de programme, ils apparaissent vaillants dans des montées en puissance généreuses pour le grand bonheur du public. Ah, que ça brûle !
Une suédoise à Vienne
La soprano suédoise Malin Byström apparaît comme une partenaire de haut vol et, que sa robe soit aux couleurs printanières ou rose mordoré, sa voix éblouit de résonances lumineuses. Elle s’engage totalement dans la musique, marquant du pied et dansant sur les rythmes entraînants des danses hongroises. À l’instar de sa robe, sa voix s’envole dans un lyrisme énergique et des aigus étincelants. On ferme les yeux, et pendant un instant, on se croirait plongé dans le film Sissi !

Les deux chanteurs se retrouvent pour des duos au cours desquels ils partagent malice et humour ainsi que quelques pas de valse qui déclenchent l’euphorie du public. L’orchestre Philharmonique de Baden-Baden participe à la réussite de la soirée. Le chef Jochen Rieder initie la volupté des phrasés et la tonicité des rythmes en préservant constamment un équilibre et une finesse d’exécution. Les artistes ovationnés offrent pas moins de cinq bis et la soirée s’achève dans un crescendo de bravos. On reprendrait bien un peu de goulasch !
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Photo de Une : © Julian Hargreaves / Sony Classical

