AccueilA la UneÀ la Philharmonie, l’art poétique de Diana Damrau et Jonas Kaufmann

À la Philharmonie, l’art poétique de Diana Damrau et Jonas Kaufmann

COMPTE RENDU – Après Wolf, Brahms et Schumann, Jonas Kaufmann, Diana Damrau et Helmut Deutsch poursuivent leurs récitals en trio, tous dédiés au Lied. L’occasion pour le public de la Philharmonie de Paris d’entendre des artistes absolument rompus à l’exercice, et qui y trouvent une liberté vocale et expressive exemplaire (une Coréalisation Les Grandes Voix).

« Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches. Et puis voici mon cœur qui ne bat que pour vous » : voilà qui pourrait résumer le somptueux programme Strauss/Mahler conçu pour le duo star formé par Diana Damrau et Jonas Kaufmann, accompagnés de leur comparse de toujours Helmut Deutsch. Un programme hautement lyrique, hautement romantique, où la poésie est partout.

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Au calme clair de lune triste et beau

La scène de la salle Pierre Boulez est plongée dans l’obscurité, laissant seulement la lumière inonder son centre. Pas de pupitre : les deux chanteurs préfèrent le par cœur, qui leur permet de se répondre par le chant autant que par le regard ou le geste. Ce n’est pas un récital, mais un dialogue au clair de lune auquel assiste un public presque indiscret, où l’alternance des voix raconte les fleurs et les arbres, les baisers superficiels et les sentiments à fleurs d’âme. Car tout est poésie – le texte comme le chant. Il y a les graves somptueux de Jonas Kaufmann dans le « Geduld » (Patience) de Strauss, puis les consonnes qu’il goûte dans « Ich trage meine Minne » (Je porte mon amour) ; il y a la sensibilité à fleur de peau de Diana Damrau, absolument radieuse et habitée dans « Allerseelen » (Le Jour des morts). Tout gazouille et susurre, jusqu’à ce que les deux interprètes se rapprochent et se serrent, l’un contre l’autre, dans ce nocturne amoureux.

Je me souviens des jours anciens

Difficile pour Helmut Deutsch de faire de ce duo un trio : il reste durant toute la première partie du concert dans une réserve discrète, que l’écriture mahlérienne va rapidement l’obliger à quitter. Finie l’alternance des voix : les deux chanteurs reviennent sur scène pour quatre Lieder chacun, explorant des poèmes tout à fait différents. Diana Damrau raconte des histoires, les personnages prenant tour à tour la parole dans des poèmes narratifs non dénués d’humour, qu’elle traverse avec un sens expressif remarquable, et pliant la voix aux inflexions de la poésie. Jonas Kaufmann en revanche explore une veine romantique qu’il chante comme il respire, et qui culmine dans un somptueux « Ich bin der Welt abhanden gekommen » (Je suis perdu pour le monde), dans une pureté de la ligne et de l’expression : une histoire d’extases anciennes et d’âmes que l’on voit en rêve, où le piano d’Helmut Deutsch se fait l’écho des richesses orchestrales mahlériennes.

Car nous voulons la nuance encor

Lorsque le répertoire straussien revient à la fin du concert, il n’est déjà plus tout à fait le même : le voici chargé d’une sensualité et d’une sensorialité que l’on n’avait pas connues auparavant. Chez Diana Damrau, cela se traduit par un plaisir tout particulier à creuser la ligne et à lui faire connaître mille circonvolutions, servie par la fraîcheur et le rayonnement d’un timbre pur et dense. Jonas Kaufmann au contraire explore sa manière bien à lui de colorer le son, ou au contraire de le détimbrer dans l’aigu ; d’alterner la vaillance et la délicatesse des piani. Tout cela culmine avec « Cäcilie », somptueux, servi par un pianiste qui a su, dans cette dernière partie du programme, faire chanter l’instrument d’un son chaud, brillant, qui participe à cette sensorialité musicale, où la poésie est au moins autant dans les mots que dans les sons.

Après « Trost im Unglück » (Consolation dans le malheur, de Mahler) en bis, on s’interroge un peu sur la pertinence de « Spring Wind » de Thiman ; en revanche, on ne peut qu’être conquis, comme la salle de la Philharmonie, par ce « Wiener Blut » impeccablement viennois, où Helmut Deutsch livre un jeu remarquable de délicatesse et d’esprit. Cela minaude un peu, cela joue le vaudeville mais, comme l’ensemble de la soirée, ne manque jamais de charme : mains indéfiniment pressées, tristesses moites, pâmoisons… et quelle vague dans les pensées !

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