COMPTE-RENDU — Pour son dernier spectacle de la saison, l’Atelier Lyrique de Bourgogne-Franche-Comté (ALBFC) fait un pas de côté par rapport à son répertoire habituel et nous plonge dans l’univers féérique des dessins animés les plus célèbres. Pour obtenir cette potion nostalgique, tâchons de mettre les bons ingrédients dans le chaudron…
Prenez une trame efficace et simple : un enfant en pyjama ne trouve pas le sommeil, tandis que sa mère pique déjà du nez à côté de lui en lui lisant des contes. Ajoutez à cela la troupe de l’ALBFC, soit huit danseurs et douze chanteurs/comédiens, pour la grande majorité amateurs. Tamisez une vingtaine de chansons issues des dessins animés les plus connus du studio dirigé par une fameuse souris (de Cendrillon à l’inévitable Reine des neiges). Saupoudrez le tout de quelques accessoires (peluches Timon et Pumbaa, une literie Tarzan, des oreilles de chat, etc.) pour rappeler les lieux ou ambiance originelles des histoires, et n’hésitez surtout pas à changer les costumes des protagonistes plusieurs fois pendant la concoction. Les contes vont alors s’animer dans la chambre et emporter le jeune garçon (et le public par la même occasion) entre rêves et réalité.
Agitez et récitez la formule
Activez la bande-son préenregistrée, laissez frémir, et confiez le mélange à la troupe : elle chante, danse et fait lever la potion avec une application presque alchimique. Au centre du chaudron, (la très-bien-nommée) Anaïs Merlin multiplie les essences : Cendrillon bien sûr, mais aussi Rafiki, Ariel, Anastasia ou Elsa, autant de saveurs vocales qu’elle dose avec un timbre chaleureux, des aigus sûrs et un vibrato justement employé. Sa lecture de Loin du froid de décembre apporte une touche plus lyrique, parfaitement intégrée à la préparation. Et puisqu’une bonne potion exige une main ferme, elle en signe aussi la mise en scène et les enchaînements, liant les tableaux avec une efficacité sans bavure.
Ajoutez ensuite Thomas Marfoglia, ténor caméléon, contraint à une grande polyvalence : il joue le jeu avec humour, même si la texture sonore le couvre parfois. Dans Ce rêve bleu, son timbre léger trouve cependant un équilibre délicat et touchant. Incorporez le reste de la troupe : les graves soyeux de Gérald Colombet, les aigus assumés de Marine Rochelandet, l’accord juste de Mylène Jeandet avec son partenaire. Relevez enfin de deux touches chorégraphiques — félins des Aristochats, oies élégantes sur pointes — puis laissez monter les derniers effluves avec les apparitions d’Elsa avant une prière finale à la bonne étoile. Retirez du feu.
Obtenez une potion (presque) magique
Première ébullition pour cette potion scénique : les ingrédients sont là, mais la cuisson demande encore à être prolongée pour atteindre la pleine magie. Entendez par là quelques tours de chauffe supplémentaires — des répétitions — afin que l’ensemble gagne en liant et en doré. Le dispositif artisanal, lui, prend déjà : décors ingénieux, détournements malicieux (ce step drapé devenu tapis volant), reprises fidèles des scènes d’origine, le tout porté par une imagination qui ne manque ni d’idées ni de savoir-faire. Les costumes, nombreux et bien ajustés, complètent efficacement la préparation.
Mais la mixture reste délicate à maîtriser : la bande-son enregistrée, inflexible, ne pardonne pas les décalages d’entrée et impose un cadre rigide, d’autant plus sensible en l’absence de chef pour réajuster le tempo. Ajoutez à cela un répertoire peu familier pour la troupe, et quelques flottements de justesse apparaissent par endroits. Enfin, sans amplification, dans une acoustique sèche, certaines saveurs vocales peinent à pleinement se déployer. Rien d’irrémédiable : la base est solide, le travail en amont évident — il suffit encore de laisser mijoter.

C’est prêt, dégustez pour mieux rêver !
Après ce voyage d’une heure, il n’y a pas de doute, ce spectacle pourra être repris. Il faut
faire confiance en la persévérance des membres de la troupe et au dynamisme de
Stéphanie Gastaud (qui en assure la direction artistique) pour que cette potion se bonifie
avec le temps !
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