COMPTE-RENDU — Avec Wastories, le GMEM / Centre national de création musicale de Marseille propose à la Friche de la Belle de Mai une création du collectif vocal HYOID consacrée aux traces matérielles de nos modes de vie, dans laquelle quatre interprètes déploient un dispositif mêlant chant, parole amplifiée et projections pour aborder la question de l’omniprésence des déchets dans l’environnement quotidien.
C’est à l’aide d’un cor que le collectif HYOID tente d’emblée de tirer la sonnette d’alarme : un théâtre qui convoque quatre voix pour tenter de dire ce que le langage ordinaire ne peut plus porter. Par son introduction naturaliste : projections de paysages et meutes de chèvres sauvages, la scène feint une sérénité qui laisse pressentir les tensions à venir. Hélas, ces indices laissent le public de marbre : le cri d’alarme n’apparaît plus que comme résidu. Car il est depuis longtemps devenu un objet sonore standardisé, recyclé, manipulable à l’infini (samples, sound design, fiction catastrophe).
Débris poétiques
Vocalement, l’équilibre du quatuor constitue l’axe le plus convaincant de la proposition. Naomi Beeldens déploie un soprano lumineux à l’émission directe. Fabienne Seveillac ancre l’ensemble par un mezzo dense et stable. Andreas Halling privilégie une émission claire et frontale, proche de la diction parlée. Enfin, Gunther Vandeven apporte une assise grave souple, jamais pesante.
La langue, les mots et les noms semblent d’un usage plus pertinent que les images initiales. Comme l’écrit le réalisateur Isiah Medina en s’appuyant sur le philosophe Alain Badiou : le langage ordinaire est « le déchet de la poésie ». C’est précisément ce résidu que HYOID met en jeu, en chantant ce qui aurait pu être dit et faire du chant la dernière forme où une vérité peut être exprimée.
Musique de chambre à écho
Dans la seconde partie, le refrain « Aluminium, Metal, Meat » envahit l’oreille autant qu’il agit comme fétiche. La perversion de ces énoncés tient à leur capacité à devenir musique et poème : dans leur forme déstructurée, les énumérations concentrent une force abstraite. Les résidus redeviennent objets dont les noms eux-mêmes invitent à la reconsommation.
Dans la troisième partie, un écran diffuse des séquences filmées en format vlog : les artistes s’y succèdent pour commenter leurs expériences. Ces passages prennent des airs de plaidoirie dans un procès historique. Lorsque Naomi Beeldens taille un crayon et mime l’impossibilité d’évacuer les débris accumulés sur scène, le geste met en miroir déchets symboliques et déchets concrets, jusqu’au billet abandonné en sortant.
Ce qu’il reste
Dans les derniers instants, la lumière se réchauffe : les paysages projetés quittent les sites d’incinération pour une plaine aux allures martiennes. Une image qui rappelle le film Memories of an Unborn Sun de Marcel Mrejen (2024), où l’apparition d’un désert donnait l’impression d’une géographie déjà annihilée.
Dans cette démonstration, la trajectoire critique semble se restreindre elle-même. Pour qui, pourquoi et comment une telle pièce peut-elle encore impacter une audience que l’on imagine déjà au fait du désastre : sinon comme la persistance d’un appel désormais résiduel.
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Photo de Une : © Cecile30000 (CC BY-SA 4.0)

