COMPTE-RENDU — Pour clore la 8ᵉ édition du Festival Beethoven à Beaune, placée sous le signe de l’intemporel, le violoncelliste Sung-Won Yang retrouve le pianiste Enrico Pace dans la salle Saint-Nicolas des Hospices. Un dialogue entre Bach, Éric Montalbetti et Brahms qui n’a pas pris une ride.
Traditionnellement consacré au concert de clôture du festival, l’écrin de la salle Saint-Nicolas des Hospices de Beaune accueille cette année encore son directeur artistique, Sung-Won Yang. Destinée autrefois aux malades les plus gravement atteints, cette salle conserve une acoustique généreuse et une atmosphère de recueillement qui conviennent particulièrement à un programme traversant les siècles. Aux côtés du pianiste Enrico Pace, le violoncelliste propose un parcours en trois temps, reliant Bach, Éric Montalbetti et Brahms. Trois époques, trois langages, mais une même recherche : celle d’une musique qui échappe au temps. Mais quel est le secret de ces trois-là pour perdurer si longtemps ?
Bach, le doyen
La rencontre s’ouvre avec la Sonate pour viole de gambe et clavier n°1 en sol majeur de Johann Sebastian Bach, le plus âgé de la bande. Dès les premiers coups d’archet, Sung-Won Yang impose une ligne d’une grande élégance, souple et chantante, portée par une respiration musicale particulièrement naturelle. Son jeu privilégie la continuité du discours et une expressivité jamais démonstrative.
Enrico Pace se montre admirable de stabilité et de clarté. Son accompagnement, d’une précision rythmique irréprochable, reste volontairement mesuré, presque en retrait, dans un souci constant d’équilibre. L’usage d’un archet baroque par le violoncelliste apporte un grain plus rugueux au timbre, créant un léger contraste avec la clarté du piano. Sans chercher une lecture historiquement stricte, Sung-Won Yang laisse affleurer une couleur baroque discrète, comme une mémoire du geste propre aux anciens. C’est dans ce geste que réside certainement le secret du (pas si) vieux Bach.

Montalbetti, le plus jeune
Avec la création des Trois Impromptus d’Éric Montalbetti, les deux musiciens révèlent une remarquable aisance dans le répertoire contemporain. Les longues lignes du violoncelle se déploient sur les vagues quasi-chromatiques du piano, tandis que la résonance généreuse du lieu prolonge les silences et diffuse les couleurs. La musique semble alors suspendre le temps, trouvant naturellement sa place dans cette thématique de l’intemporel. Malin, le plus jeune a sans doute déjà trouvé le secret pour durer, et est prêt à remettre ça dans cent ans !

Brahms, parce qu’il le vaut bien
C’est toutefois avec les Sonates pour violoncelle et piano de Brahms que le duo trouve sa pleine respiration. Enregistrées ensemble en 2014, ces œuvres témoignent d’une complicité profondément installée. La Sonate n°2 se révèle ardente, presque passionnée, portée par un violoncelle aux graves savoureux et aux aigus lyriques, affirmés sans dureté. Si l’acoustique tend parfois à brouiller les traits rapides, elle magnifie l’intériorité dense et éloquente de la Sonate n°1, notamment d’une grande intensité retenue. Les intentions des deux musiciens s’y rejoignent avec une rare évidence. Le secret de Brahms ? Pas de crème cosmétique, seulement la force de sa musique.
En bis, Sung-Won Yang et Enrico Pace offrent le mouvement lent de la Sonate pour viole de gambe et clavier n°3 de Bach, un retour obligé vers le plus vénérable de ces immortels. Le concert s’achève dans une élégance brillante, saluée par un public conquis par cette cure de jouvence !
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