AccueilSpectaclesComptes-rendus de spectacles - InstrumentalEmbarquement de La Criée de Marseille pour le rêve américain

Embarquement de La Criée de Marseille pour le rêve américain

COMPTE-RENDU — À La Criée de Marseille en partenariat avec Marseille Concerts, ce concert met à l’honneur Antonín Dvořák, singulier musicien qui a transcendé les barrières de la musique classique et du folklore, puisant dans les eaux troubles de l’imaginaire collectif des archétypes universels. Et si, le temps d’un voyage, Dvořák avait lui aussi fait son American Dream ?

Six musiciens forment l’équipage de cet embarquement sur le plateau épuré de la salle Déméter, jouant pour cette traversée, en différentes combinaisons, une dizaine d’extraits puisés dans l’œuvre de Dvořák. La traversée est anachronique, comme les fragments d’un voyage, entre Bohême et New York, ce nouveau monde qui, à la fin du XIXᵉ siècle, faisait déjà tourner les têtes (et qui continue : If I can make it there, I’ll make it anywhere et autre Concrete jungle where dreams are made of…).

Give me un orchestre de choc

Olivier Bellamy se fait le capitaine-récitant de ce Transatlantique, équipage réduit mais soudé réunissant les violonistes Charlotte Chahuneau et Cyprien Brod, la violoncelliste Caroline Sypniewski, l’altiste Issey Nadaud, la soprano Inna Kalugina et le pianiste Selim Mazari. La présence des cordes nourrit indéniablement la richesse sonore et l’âme de cette musique, une âme vivante, restituée dans toute son essence sur les accords appuyés et appliqués, accompagnant comme une figure de proue la tessiture vocale chaude, qui enveloppe l’auditoire par son timbre large passant aussi des médiums aux aigus perçants.

Dvořák en Amérique à La Criée © Marseille Concerts
Une symphonie américaine ?

Créée par le père de la musique tchèque en Amérique, La Symphonie du Nouveau Monde (vous savez, celle qui fait TIN-TAA TA TA TAA TATA TAA-TAA-TATATAAAA) aura ainsi servi de point d’ancrage pour étayer le propos et les thématiques de ce concert-voyage, afin de mettre en valeur l’originalité de Dvořák, qui a réussi de son vivant à nouer un lien transatlantique entre les différents héritages culturels de l’Europe et de l’Amérique du Nord. Un compositeur tchèque devenu, pour un temps, figure de ce dialogue entre continents — presque un « American boy » avant l’heure, découvrant Broadway et faisant du shopping avant d’aller dans un Starbucks puis… bon, là non, on s’avance un peu trop.

Pourtant, si Dvořák a répondu à l’appel du Nouveau Monde, l’influence de ce « trip » de trois ans sur son langage musical reste plus subtile qu’attendu. Quelques inflexions, quelques échos lointains — comme des souvenirs de voyage — mais l’identité du compositeur demeure profondément ancrée en Europe centrale. New York a beau faire rêver, tout le monde ne revient pas transformé !

À Lire également : So British à Mulhouse, Elgar et Dvořák, for sure !

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