AccueilSpectaclesComptes-rendus de spectacles - DanseLérus et Eyal au Théâtre de la Ville : le soleil a...

Lérus et Eyal au Théâtre de la Ville : le soleil a rendez-vous avec la lune !

DANSE — Sharon Eyal et Léo Lérus, complices depuis plus de vingt ans, signent pour le Ballet de l’Opéra national du Rhin un diptyque en miroir époustouflant, à découvrir absolument au Théâtre de la Ville jusqu’au 4 mai.

D’un côté, The Look et son côté obscur – masse compacte, hypnotique mais surtout terrifiante : c’est la lune vespérale. De l’autre, Ici et son plein soleil – le gwoka guadeloupéen, les pieds qui frappent la terre, les corps qui résistent ensemble face à un cyclone : c’est l’astre éblouissant. Ombre et lumière, oppression et résilience, individualité et collectif : deux faces d’un même monde et une chanson que je sais, que je traduis pour toi : la voici, la voici, la voilà…

Vingt ans que j’attends ta venue mon ami !

Sharon Eyal et Léo Lérus se sont rencontrés au sein de la Batsheva Dance Company où ils étaient tous deux interprètes, avant que Lérus ne suive Eyal dans ses créations tout en montant ses propres pièces. Invités par le Ballet de l’Opéra national du Rhin en 2025, ils signent un diptyque en miroir : The Look (2019), qui est entré au répertoire du Rhin l’an dernier, et Ici, nouvelle création, qui lui répond de façon lumineuse.

D’un côté, l’obscurité d’une masse compacte qui évoque la résilience des corps et des communautés face à la violence et l’oppression. De l’autre, le pendant solaire : une communauté de singularités qui se soutiennent sous un même soleil. Deux univers, une même vision organique du collectif et l’occasion de mesurer l’excellente technicité du Ballet du Rhin. Le soleil a rendez-vous avec la lune…

Ici : sous le soleil exactement

Avec Ici, Léo Lérus convoque la terre d’une île intérieure, une Guadeloupe idéalisée baignée dans la douceur lumineuse d’un coucher de soleil, mais où gronde en sourdine la fureur des tornades et cyclones. Le gwoka, cette danse guadeloupéenne héritée des rassemblements nocturnes des esclaves dans les plantations, fusionne avec la danse contemporaine dans un équilibre instable, celui du « bigidi », mot créole qui signifie « chanceler ». Les pieds frappent le sol, le corps vacille, cherche son équilibre pour ne pas tomber. Papa dit qu’il a vu ça lui !

Sur scène, douze danseurs réveillent la terre à coups de talons comme s’ils communiquaient avec ses esprits. Ils s’attirent, se cherchent, se séduisent, se disputent. Une petite société en pleine construction, traversée de tensions mais soudée face à la fureur d’un cyclone. En effet, quand résonnent les bruitages du cyclone Maria enregistré en 2017 par le chorégraphe, les corps se resserrent et résistent. Ensemble. La danse, ici, est un acte de survie. Ici-bas, souvent chacun pour sa chacune ? Bien au contraire.

© Agathe Poupeney
The Look : la lune est là !

Avec The Look, Sharon Eyal change radicalement de registre et nous plonge dans le noir, le vrai, celui du côté obscur. Seize corps de dos, vêtus tout de noir, font masse dans un clair-obscur épais. La lune est là, mais le soleil ne la voit pas ! Ils respirent à peine, leurs mouvements relèvent du micro, quasi imperceptibles. Puis, sous la pulsation techno d’Ori Lichtik, tout bascule. Un leader émerge et nous fait face. Un demi-dieu ? Le roi des insectes ? La reine des abeilles ? Les gestes se précisent, se mécanisent, s’accélèrent et la meute se fissure.

Chaque danseur se retourne, dévoile enfin son visage, déploie ses ailes et prend son envol pour affirmer sa singularité mais toujours juché sur demi-pointes, geste signature immuable d’Eyal. Elle sculpte la masse compacte comme le peintre Soulages travaille la matière noire. C’est dense, fascinant, hypnotique et légèrement inquiétant. Tout n’est qu’ondes, vibration et sensualité. On glisse doucement du côté obscur et on adore ça. Car pour la trouver (la lune), il faut la nuit mais le soleil ne le sait pas et toujours luit !

© Agathe Poupeney
À Lire également : Forsythe rimé au Théâtre de la Ville
Sur le même thème

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Vidêos Classykêo

Articles sponsorisés

Nos coups de cœurs

Derniers articles

Newsletter

Twitter

[custom-twitter-feeds]