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Aïda déchaînée à Vedène : Verdi électro

OPÉRA — D’Éthiopie en Égypte, de Lucques à Pise, de Reggio d’Émilie à Parme… Ce soir, le périple est plus raisonnable : direction Vedène (L’Autre Scène de l’Opéra Grand Avignon), pour découvrir Aïda déchaînée, version électro du chef-d’œuvre verdien.

En 1876, bien avant son premier opéra, le jeune Puccini marche vingt kilomètres entre Lucques et Pise pour entendre Aïda. Quelques années plus tôt, en 1872, Prospero Bertani fait le trajet jusqu’à Parme pour découvrir le même opéra… avant d’écrire directement à Verdi pour exiger le remboursement de ses frais de déplacement. Comme quoi, Aïda peut provoquer soit des vocations de compositeur, soit des instincts de comptable furieux.

L’Égypte en format réduit

Après Carmen intime, Frédéric Roels poursuit son goût pour les opéras sous format compact, chantés en français. Ici, une pyramide fait absolument tout : décor égyptien, lit, tombeau, écran vidéo… À ce compte-là, elle aurait probablement pu assurer la billetterie aussi.

L’intrigue garde uniquement le triangle amoureux entre Aïda, Amnéris et Radamès, avec un Homme de l’ombre fusionnant Amonasro et Ramfis grâce à l’astuce révolutionnaire du « je mets le masque / j’enlève le masque ». Même Verdi n’aurait pas osé aller aussi loin dans l’optimisation des coûts.

Verdi, ah bon ?

En accompagnement, derrière une grille, Verdi abandonne son orchestre monumental au profit d’un trio cornet-harpe-électronique (Emmanuel Collombert, Mathilde Giraud et Jonas Roels alias Solère). Giuseppe n’avait peut-être pas imaginé finir remixé entre salle immersive de planétarium et bande-son de jeux-vidéos.

Comme chez Bertani, tout dépendra du niveau de patience du spectateur. Certaines idées fonctionnent vraiment, notamment dans les passages intimistes, mais l’électronique transforme parfois la soirée en combat de survie vocal.

Quelques départs flous et plusieurs fausses notes du cornet ajoutent même un léger parfum de roulette russe à la Marche triomphale, mais son interprète parvient toutefois à la sauver, tandis que la harpe apporte quelques oasis de douceur bienvenues.

L’Égypte retrouve sa voix

Côté plateau, heureusement, personne ne demande le remboursement. Diana Axentii livre une Aïda investie, aux aigus brillants et aux beaux piani, régulièrement applaudie par le public. Ahlima Mhamdi compose une Amnéris expressive et chaleureuse, tandis que François Rougier campe un Radamès solide, interprétant néanmoins un Céleste Aïda raccourci dans cette version courte (même les ténors subissent désormais des coupes budgétaires). Igor Mostovoï soigne quant à lui la diction française de son Homme de l’ombre, sombre et solennel.

Le final retrouve enfin un vrai équilibre : écrasés lentement sous la pyramide, Aïda et Radamès concluent la soirée dans une atmosphère presque suspendue. Le public applaudit chaleureusement. Bertani aurait sans doute hésité avant d’envoyer sa facture à Verdi. Quant à Puccini, difficile de savoir s’il aurait refait vingt kilomètres à pied pour cette Aïda déchaînée… mais au moins, cette fois, personne n’a dû traverser la Toscane pour venir.

À Lire également : Aïda, minimalisme XXL
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