COMPTE-RENDU — L’Auditorium de Radio France n’avait annoncé aucun dispositif particulier à l’entrée. Pourtant, pendant près de deux heures, le public a bel et bien voyagé dans le temps. Destination : la fin du XIXᵉ siècle. À bord de cette étrange machine, Riccardo Muti et l’Orchestre National de France avaient prévu trois escales. Aucune ne ressemblait à la précédente.
Premier arrêt : un romantisme qui respire
L’aiguille se bloque d’abord sur Alfredo Catalani. Peu joué aujourd’hui, le compositeur italien ouvre la soirée avec Contemplazione, une page où le temps semble s’étirer naturellement.
Riccardo Muti refuse d’en faire une simple curiosité historique. L’œuvre respire avec une étonnante simplicité. Les cordes chantent sans pathos, les bois colorent discrètement le discours, et l’Orchestre National de France installe une atmosphère presque suspendue.
On comprend rapidement que cette soirée ne cherchera pas les effets de musée.
Deuxième arrêt : Verdi quitte l’opéra
Quelques années plus tôt.
Cette fois, Giuseppe Verdi invite le public… à danser avec Les Vêpres siciliennes qui racontent les saisons, mais surtout une autre facette du compositeur.
Ici, plus de voix. Seulement un orchestre qui devient lui-même théâtre.
Sous la baguette de Riccardo Muti, chaque danse possède sa personnalité. Les pupitres dialoguent avec une fluidité remarquable, les couleurs changent sans cesse, et l’on oublie presque que ces pages étaient destinées à accompagner une scène. Le chef italien rappelle ainsi combien Verdi savait écrire pour l’orchestre seul.
Dernière escale : le destin selon Tchaïkovski
Puis la machine poursuit sa route vers la Russie. Avec la Quatrième Symphonie, le voyage change brutalement d’échelle.
Le célèbre appel des cuivres ouvre une œuvre où le destin semble frapper à chaque porte. Mais Riccardo Muti refuse toute lecture démonstrative. Plutôt que d’écraser l’orchestre sous le poids du drame, il fait constamment circuler les lignes. Les bois chantent avec une grande liberté. Les cordes gardent une souplesse presque vocale jusque dans les passages les plus intenses.
Le finale, porté par un National particulièrement inspiré, laisse éclater toute l’énergie de la partition sans jamais perdre sa lisibilité.

Retour en 2026
À la fin du concert, le public retrouve son époque.
Pourtant, quelque chose demeure. Pendant une soirée, Riccardo Muti aura rappelé que le romantisme n’est pas une période de l’histoire de la musique.
C’est une manière d’habiter le temps.
Et certains chefs savent encore ouvrir cette porte-là.
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