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Découverte d’un INÉDIT de Mozart, fait-on trop monter la chantilly sur le chocolat Viennois ?

ÉVÉNEMENT – La Bibliothèque nationale de France a exhumé une œuvre inédite de Mozart ! Depuis quelques jours, le monde de la musique classique attise ainsi la vive curiosité et fait les gros titres : on ne va pas s’en plaindre ! mais tout cela mérite tout de même un peu de décryptage…

D’abord, et c’est en soi réjouissant, il ne s’agit pas d’une fake news : le 2 février dernier, François-Pierre Goy (conservateur chargé des collections antérieures à 1800 au département de la Musique de la BnF) a en effet reconnu l’écriture de Mozart dans un cahier anonyme, et son intuition a bien été par la suite confirmée et entérinée, grâce à une expertise, y compris émanant d’Armin Brinzing (directeur de la Bibliotheca Mozartiana du Mozarteum de Salzbourg : le saint des saints Mozartien).

Ne boudons donc pas notre plaisir… Un Mozart a été retrouvé ! Mais ne nous laissons pas non plus trop aller à l’enthousiasme qui est venu s’emballer presto presto, multipliant les superlatifs et grands coups de communication qui feraient croire à la redécouverte de la Huitième merveille du monde. Car, hélas, cet inédit de Mozart n’est ni un opéra, ni une symphonie, pas non plus un quatuor. Ce n’est assurément pas un chef-d’œuvre, plutôt une pièce de circonstance, et pas même seulement de Mozart…

Il s’agit en effet du contenu d’un cahier de leçons, celles données par Mozart de mai à juillet 1778 à Paris à la jeune harpiste (comme il se doit pour les demoiselles) Marie-Louise-Philippine de Bonnières de Guînes fille du flûtiste Adrien-Louis de Bonnières de Souastre, duc de Guînes (oui pour engager comme professeur particulier un tel génie, il vaut mieux alors avoir des tiroirs bien fournis et un nom à rallonge).

Le document retrouvé est de fait, en l’espèce, un simple recueil d’exercices de composition et de sept pièces pour flûte et harpe : Mozart donnait le thème et aidait alors sa jeune élève à travailler et à composer (et il se plaignait ensuite dans sa correspondance du niveau de ses apprenants).

Alors, il n’empêche, même l’équivalent d’un cahier de vacances, lorsqu’il est conçu par Mozart et qu’il guide une main innocente dans l’équivalent des traits de coloriages, ça reste un document fascinant, et ça s’écoute avec attention.

Or, grâce à France Musique, à Mathilde Calderini et Nicolas Tulliez de l’Orchestre Philharmonique de Radio France, c’est justement ce que nous pouvons faire dans le lecteur ci-dessous.

Et donc, ça donne quoi musicalement parlant ? Hé bien le résultat correspond tout à fait à ce qu’est cet objet, mais aussi à qui en est le co-auteur. Cette musique reste à la hauteur d’un grand exercice, à écouter par curiosité et intérêt, très intéressant aussi pour faire travailler deux musiciens, mais qu’on pourra ensuite très tranquillement laisser retourner à son paisible sommeil dans les archives. Les gammes et les échelles rendent le tout très didactique, non sans, il est vrai, quelques pointes d’esprit taquin et surtout une science absolue de la carrure de chaque phrasé et mouvement qui trahissent l’inspiration du génie.

« Trop beau pour nos oreilles et bien trop de notes, mon cher Mozart ! » avait dit l’empereur Joseph II à son protégé à l’issue de L’Enlèvement au sérail.

Là ce serait plutôt Pas assez… mais bon, on prend quand même !

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