DANSE – Les Ballets de Monte-Carlo fêtent leurs 40 ans : une déclaration d’amour en pointes et confettis à la princesse à Caroline de Monaco. Retour sur un gala festif, joyeux et chaleureux. Allez, on danse…
Comment condenser quatre décennies de danse ? Jean-Christophe Maillot choisit la manière la plus simple : présenter une succession d’extraits emblématiques du répertoire de cette compagnie. Le gala anniversaire ressemble ainsi à un album de famille où défilent ceux qui ont façonné l’identité des Ballets de Monte-Carlo. Au centre de cette soirée : la princesse Caroline de Monaco. Bien plus qu’une marraine, la véritable créatrice de cette aventure artistique commencée en 1985. Dans un discours aussi personnel que touchant, le directeur Jean-Christophe Maillot retrace cette histoire commune, s’adressant directement à elle.

Le studio de danse – là où tout commence
Le rideau se lève sur la dernière création de Maillot, sa Bayadère. Surprise : point de palais orientaux, mais un studio de répétition. Les barres, les échauffements : un extrait qui rend hommage au quotidien des danseurs. Une entrée en matière qui rappelle combien une compagnie se construit d’abord dans l’ombre d’un studio de danse.
Les copains d’abord …
Le gala prend ensuite des allures de fête entre copains. Sur scène défilent les chorégraphes qui ont accompagné l’aventure des Ballets de Monte-Carlo.

Avec Jeunehomme d’Uwe Scholz, les Ballets renouent avec les années 1980 et l’une de leurs collaborations fondatrices, celle avec Karl Lagerfeld pour la scénographie et les costumes. Sur le Concerto n°9 de Mozart, Romina Contreras et Jérôme Tisserand offrent un pas de deux d’une limpidité désarmante, un mouvement central présenté dans les galas de danse du monde entier.
Changement radical d’atmosphère avec Young Apollo, créé spécialement pour ce gala par Marco Goecke sur la musique de Benjamin Britten, compositeur cher à la princesse Caroline. Les torses nus et les pantalons noirs à piques de Lou Beyne et Jaat Benoot vibrent comme traversés par une décharge électrique.
Puis arrive sur la scène John Neumeier en personne. À 87 ans, le maître du ballet narratif traverse la scène avec une pêche presque insolente. Son Opus 100, créé en hommage à Maurice Béjart, interprété par les étoiles du Dutch National Ballet, Marijn Rademaker et Oleksandr Ryabko, rappelle qu’un immense chorégraphe sait parfois raconter davantage avec une chaise qu’avec un décor spectaculaire. Une pièce époustouflante qui fait d’autant plus sourire que La Dame aux Camélias s’apprête à conquérir Monaco dans quelques jours avec le Ballet de l’Opéra de Paris.
Avec Mud of Sorrow, Akram Khan rappelle enfin combien les Ballets de Monte-Carlo ont toujours su collaborer avec les grands chorégraphes contemporains. Ce magnifique pas de deux avec Soo Yeon Yi et Simone Tribuna explore les liens invisibles qui unissent les vivants aux êtres disparus.
Maillot, l’âme de la compagnie
Impossible de célébrer les Ballets de Monte-Carlo sans revenir à celui qui leur a façonné leur identité.

Avec Dov’è la luna créé dans les années 90, après la disparition de son père, Jean-Christophe Maillot livre ici sans doute son œuvre la plus personnelle. Un pas de deux de Juliette Klein et Jaeyong An qui évoque un dialogue suspendu entre la vie et la mort, où la lune devient un lieu de passage.
Impossible ensuite d’échapper à la scène du balcon de Roméo et Juliette. Plus de quatre cents représentations plus tard, Katrin Schrader et Francesco Resch retrouvent l’éblouissement du premier amour.
Enfin Casse-Noisette nous plonge dans le monde du merveilleux avec la danseuse étoile Nicoletta Manni et Timofej Andrijashenko, invités de la Scala de Milan. Lorsque le rêve devient réalité grâce à la magie de la danse, difficile de ne pas y voir une métaphore de cette compagnie née, elle aussi, d’un rêve que beaucoup jugeaient improbable.

Une dernière danse
Un message vidéo de Jiří Kylián rappelle combien le duo Caroline de Monaco – Jean-Christophe Maillot a su attirer autour d’eux les plus grands chorégraphes contemporains. Les images d’archives défilent comme un film de famille. Mais très vite, la danse reprend ses droits.
Un final en apothéose avec Core Meu. Direction les Pouilles italiennes, où la musique envoûtante d’Antonio Castrignanò entraîne les danseurs dans une farandole joyeuse. Les robes bleues et blanches tourbillonnent, les corps s’abandonnent jusqu’à l’épuisement. Après deux heures d’hommages, Maillot recentre soudain la soirée sur le moment présent : le plaisir simple de danser.
Le final assume pleinement son goût pour le spectaculaire. Les danseurs déposent des pétales de roses aux pieds de la princesse Caroline avant qu’une pluie de confettis n’engloutisse la scène et la salle. Un anniversaire généreux, chaleureux, populaire au meilleur sens du terme, qui donne surtout une envie très simple : revenir à Monaco pour applaudir ces danseurs une fois de plus.

Photo de Une © Ed Wright Images

