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Ma Bayadère à Monte-Carlo : ballet-réalité !

DANSE – Au Grimaldi Forum, Jean-Christophe Maillot casse les codes du classique avec Les Ballets de Monte-Carlo et une Bayadère à son image : une relecture audacieuse et pleinement aboutie, qui ausculte l’envers du décor.

Fidèle à son attachement pour les grands ballets narratifs, Jean-Christophe Maillot, directeur des Ballets de Monte-Carlo, poursuit sa relecture du répertoire classique. Après Casse-Noisette et Cendrillon (1999), La Belle (2001) ou encore Le Lac (2011), il s’attaque à la Bayadère par une mise en abyme : celle d’une compagnie de danse répétant son prochain spectacle,… La Bayadère, bien sûr. Le chorégraphe ajoute ce pronom révélateur : « MA » Bayadère. Tout est dit. Maillot abandonne la vision féérique héritée de Marius Petipa (1877) et de Noureev (1992), pour plonger dans la réalité brute du monde de la danse et de ses rivalités avec sa part d’ombres. Le public est emmené dans les coulisses pour explorer les passions humaines dans ce qu’elles ont de plus irrationnel. Une aventure humaine au programme, mais le ton va très vite monter…

Ma Bayadère par Jean-Christophe Maillot © Hans Gerritsen
Tension dans la troupe

D’emblée, nous plongeons dans le quotidien d’un studio de répétition où une troupe de danseurs nourrit de profondes rivalités. Niki attire déjà tous les regards. Juliette Klein, magnétique, impose une présence à la fois fragile et déterminée. Son solo empli de tristesse, où elle rate l’ensemble de ses variations, bouleverse. Le maître de ballet Brahma (Michele Esposito, en beau gosse malicieux et trouble), tombe fou amoureux d’elle. Mais Niki aime Solo, danseur étoile virtuose (un autre beau gosse), incarné par Ige Cornelis incandescent. Petit problème : il est déjà lié à Gamza, autre étoile de la troupe confortablement installée dans son statut de star ⭐️ officielle du studio, Romina Contreras, éblouissante de maîtrise et de virtuosité – véritable coup de cœur de la soirée. Un couple d’étoiles soudé, connecté, apparemment infaillible… en apparence. Mais Niki refuse de s’effacer devant Gamza, elle n’est clairement pas venue ici pour se faire des amis. Et là, c’est le drame. La tension monte d’un cran, les corps s’affrontent. Solo hésite entre les deux, puis choisit Gamza. Emportée par la colère, Niki grimpe sur une balustrade, trébuche… et chute.

Ma Bayadère par Jean-Christophe Maillot © Hans Gerritsen
Show must go on : dans le prochain épisode…

Le théâtre dans le théâtre se met en place. Maillot brouille les frontières entre fiction et réalité, y greffant une dimension autobiographique : sa propre blessure du genou à 21 ans qui mit brutalement fin à sa carrière d’interprète. Le traumatisme affleure dans la chute de Niki. Pourtant même sans elle, l’aventure doit continuer tranche Rajah, figure d’autorité glaçante incarnée par Jaat Benoot (encore un autre beau gosse).

Jeux de miroirs, décors miniaturisés et cette barre d’exercice érigée en symbole qui façonne le corps autant que l’identité : Maillot compose une comédie humaine saisissante, parfaitement huilée.

Sous la baguette précise et souple de Garrett Keast, l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo redonne relief à la partition, épousant aussi bien les tensions du studio de danse que les dérives du rêve.

Ma Bayadère par Jean-Christophe Maillot © Alice Blangero
Les petits rats reviennent à bord et se réconcilient (enfin, presque)

Solo, écrasé par le remords, ne supporte pas la perte de Niki. Il fuit la réalité et se réfugie dans un paradis artificiel. C’est la déchéance dans la « villa ». Un espace de liberté absolue envahit la scène. La scénographie épurée de Jérôme Kaplan dessine une sorte de chaîne de montagnes géométrique, abstraite et futuriste : le monde des ombres devient un havre apaisé, baigné de blanc et de fumées hallucinogènes. Les adversaires d’hier deviennent les complices d’aujourd’hui. Le conflit s’efface au profit d’une réconciliation suspendue, presque irréelle. La narration se dissout et il ne reste que de la danse à l’état pur. Le tableau des Ombres, parfaitement maîtrisé, s’impose comme l’apothéose de cette Bayadère. Une trentaine de danseurs en blanc, descendent lentement une rampe dans un décor futuriste, portés par un mouvement mécanique. Tous répètent le même geste et pourtant chaque individualité est bien là. Équilibre magnifique entre uniformité et singularité. Le temps se suspend dans une vision bouleversante. Puis la neige s’abat sur Solo, se transformant en cendres noires, celles de Niki, sans aucun doute. L’émission s’achève, mais l’aventure continue !

Ma Bayadère par Jean-Christophe Maillot © Hans Gerritsen
À Lire également : Ballets de Monte-Carlo : le joyau du rocher

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