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Les sirènes de l’amour chantent les rues de Séville avec Le Barbier à Bastille

COMPTE-RENDU – L’Opéra de Paris reprend cette saison encore Le Barbier de Séville de Rossini dans la mise en scène alla Almodóvar de Damiano Michieletto, et un casting principal au top révélant entre autres le faux duo d’amoureux dont l’histoire de Beaumarchais se joue : Lea Desandre en Rosina et Nicola Alaimo en Bartolo.

Ha !… Ah ! Dès l’ouverture on croit entendre les soupirs d’un prétendant (le Comte ? Bartolo ? Figaro en Dom Juan ?) sous la subtile baguette du chef Jader Bignamini. Le Barbier que l’on s’apprête à entendre est en effet loin des clichés pompiers, et l’orchestre, tout en tension revendiquée, est prêt pour que le mélodrame arrive.

Des paillettes, et des Bartolettes

Le rideau s’ouvre sur une rue sévillane. Pas celle de l’histoire écrite par Beaumarchais au XVIIIe siècle, ni celle des Novelas Amorosas de Maria de Zayas de 1637, mais une rue que Damiano Michieletto a concoctée à la manière d’un film de Pedro Almodóvar, avec au premier plan le « Barracuda », bar authentique s’il en est, qui ne servira à rien dans l’histoire mais donne un tendre cachet à une affaire qui se passe surtout dans une maison bien cloîtrée. En ouvrant l’œil sur les affaires de voisinages et les « gossips » du XVIIIe siècle, Damiano Michieletto (et Rossini avant lui) nous montre les affres de certaines violences domestiques qui, si elles sont abordées avec bonne humeur et un plein de couleurs (on retrouve les fameux tons vifs rouges et bleus des films du réalisateur espagnol), n’en révèlent pas moins de vrais sujets, et d’une critique sociale dont il ne fait jamais de mal de se souvenir.

© Albert Facelly – OnP
J’ai plus d’appétit…

Sur scène, le chœur se fait alors un plaisir de déambuler et de s’imaginer en musiciens de rues, fumeurs de coin de balcons, et autres passants, dans une approche presque parlée des parties chantées. Et Amin Ahangaran en Fiorello semble bien l’un d’entre eux, même si l’on perçoit une chaude voix de basse.

© Albert Facelly – OnP

Le faux grand méchant de cette histoire, autour duquel tous apparaissent un peu comme des figurants, est donc bien Bartolo, qui vient marier de force sa pupille. On a pourtant du mal à vraiment le détester devant le talent comique du baryton Nicola Alaimo. La scène de Bartholo « statufié » dans sa surprise de voir le Comte déguisé en militaire devant l’officier de police (Hyunsik Zee) fait ainsi partie des grands moments comiques de l’opéra. 

© Albert Facelly – OnP
Rosine, Rosina

Face à lui, les rôles sont alors inégaux. Isobel Anthony en Berta tient une brève chance de montrer sa voix mais les aigus, pourtant chaux et plutôt amples, craquent un peu et manquent de souffle, peut-être dans l’empressement d’un rôle qui pour cette mise en scène demande de courir un peu partout, de prendre un bain, et même de suivre une séance d’aérobique à la télévision !

Loin d’une suiveuse qui se ferait « manger toute crue », Lea Desandre fait tomber amoureux, tout le monde, comme pour les actrices d’Almodóvar. D’une voix chaude mais tout en délicatesse, drôle mais avec une intonation juste, la chanteuse s’amuse sur scène comme une adolescente, et sort gagnante à tous points de vue, et en moto. 

Des précautions… inutiles ?

Cet opéra marathon pour les chanteurs ne laisse pas vraiment de répit pour les chanteurs, quitte à en laisser quelques-uns un peu derrière. Jack Swanson en Almaviva est en effet souvent un peu en dessous avec une voix trop nasalisée et à l’intonation incertaine (et un début vraiment très timide, même s’il montre de jolis moments en amoureux niais, et se montre carrément drôle en maître à chanter causant fleurette à sa jeune élève).

© Albert Facelly – OnP

C’est alors Figaro qui, comme dans l’histoire, prend l’avantage. Huw Montague Rendall offre en effet un charisme tout en finesse, se distinguant ainsi des grimaces moliéresques de Bartolo pour s’affirmer élégant. On regrette cependant un peu de ce qui d’habitude forme les grands moments de bravoure du rôle, et on en oublie presque les vocalises qui passent ici trop vite, en manquant de puissance. 

© Albert Facelly – OnP

Le plus drôle est peut-être Adolfo Corrado dans le rôle de Basilio, qui affirme avec puissance et chaleur sa voix de basse tout en se prêtant au jeu de la mise en scène, semblant presque se souvenir des « papillons de sa jeunesse » pour lesquels même le public fait ici un peu naufrage…

À Lire également : Le Barbier de Séville - opéra street good !
© Albert Facelly – OnP
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