COMPTE-RENDU – Christoph Eschenbach dirige avec l’essentiel, l’Orchestre de Paris le regarde. C’est peut-être l’une des images les plus frappantes de cette soirée consacrée à Brahms, avec la Première Symphonie suivant Leonidas Kavakos dans le Concerto pour violon. Ici, pas de grands gestes destinés à impressionner la salle. La musique semble plutôt se construire dans une attention permanente entre les interprètes.
Une virée vers l’essentiel ?
Avant même la première note, cette présence est perceptible. L’attente est longue. Les applaudissements commencent dans la salle, s’interrompent, reprennent. Puis Christoph Eschenbach apparaît enfin, soutenu par un accompagnateur, aux côtés de Leonidas Kavakos. Sa marche vers le podium est lente, très lente. Le public applaudit pourtant tout au long du trajet. À l’entracte, certains spectateurs restent même assis jusqu’à ce que le chef quitte la salle. Le contraste est étonnant : sur scène, Eschenbach occupe physiquement peu d’espace ; dans la salle, sa présence est considérable. Une fois installé, il dirige avec une économie de gestes impressionnante. Depuis la salle, on ne distingue pas toujours précisément ce qu’il fait. Mais les musiciens, eux, semblent ne rien manquer. C’est là que le rôle du chef devient intéressant : moins visible pour le public, mais constamment présent dans l’attention de l’orchestre.
Un pour tous, tous pour un
Le même principe traverse le Concerto pour violon. Leonidas Kavakos pourrait facilement apparaître comme le centre absolu de l’œuvre. Sa virtuosité est là, notamment dans des doubles cordes généreuses, presque « juteuses ». Mais il ne cherche pas à dépasser l’orchestre. À plusieurs reprises, le violoniste se tourne vers les violons pour terminer avec eux une phrase commencée seul. Dans les derniers mouvements, le dialogue avec la flûte et le hautbois devient particulièrement évident. Le soliste écoute autant qu’il joue. Face à lui, la masse des cordes produit un son impressionnant, presque rassurant. Un grand canapé sonore dans lequel les envolées lyriques du violon peuvent prendre leur élan. Ce qui se joue alors n’est pas seulement une démonstration de virtuosité. C’est un échange permanent : une phrase part du violon, l’orchestre lui répond, un autre instrument prend le relais.
Le moment où la salle se tait
Cette attention devient particulièrement perceptible dans les passages les plus ténus. Kavakos joue alors piano, pianissimo, à pas de loup. Bien que la virtuosité de l’interprète impressionne, c’est peut-être cette capacité à réduire le son jusqu’à rendre perceptible le moindre détail qui devient mémorable. En bis, Kavakos quitte Brahms pour Bach et offre la Sonate n°2, il revient à l’essentiel lui aussi. Le changement d’échelle est saisissant. Il est seul. Sa longueur d’archet semble alors infinie. Les couleurs sont apaisantes, le jeu d’une grande douceur. Après l’ampleur du concerto, ce moment paraît presque privilégié, intime. Et, chose presque exceptionnelle dans une salle de concert, le public se tait réellement. Pas de toux. Pas de bruissement qui vient immédiatement casser la concentration.
Un Brahms bavard
La Première Symphonie de Brahms ramènera la masse orchestrale sur scène. Eschenbach retrouvera son tabouret (après avoir dirigé une partie de l’œuvre debout). Le geste reste mesuré, l’orchestre extrêmement attentif, toujours semblant répondre à des indications imperceptibles : la musique naît des relations entre les pupitres, des réponses, des respirations et des silences qui laissent place à une ovation, justement pour cette direction presque invisible.
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Photo de Une : Luca Piva

