COMPTE-RENDU – À l’Amphithéâtre de La Cité de la Musique, l’Ensemble Virêvolte débarque avec un spectacle-cabaret éclectique, invitant à bras ouverts enfants et adultes à laisser cohabiter ensemble trois cents ans de musique sérieuse et funky autour d’animaux marrants.
Des vocalises qui ont du mordant
Concert, spectacle ou cabaret ? Dès les premières minutes de Bêtes de scène, la question est soumise au vote. Les artistes sont déjà en scène, discutent avec le public, interpellent les enfants, accompagnent leurs échanges à l’accordéon. Puis le chant surgit : une fugue vocale exigeante, lancée comme un défi collectif. Il faudrait chanter avec eux. Les adultes hésitent ; les enfants, eux, attrapent quelques motifs et se prennent au jeu. Le ton est donné : ici, le quatrième mur n’a pas vraiment sa place.
L’Ensemble Virêvolte construit ainsi un bestiaire musical où se croisent Janequin, Brassens, Purcell, Poulenc, Luis Mariano et les Frères Jacques, mais aussi des univers plus contemporains, jusqu’à Alain Bashung ou Philippe Katerine. Chien, rossignol, mouton, dindon, gorille, éléphant, hippocampe ou chat deviennent autant de portes d’entrée vers une musique qui refuse de choisir entre sérieuse et burlesque.
Un concert qui ne garde pas le public en laisse
La participation n’est cependant jamais un prétexte pour simplifier la musique. C’est même l’un des ressorts les plus séduisants du spectacle : derrière les costumes animaliers, les travestissements et les situations comiques, l’exigence vocale et instrumentale demeure intacte. La soprano et directrice artistique Aurore Bucher impose d’emblée une voix vibrante, éclatante, qui accroche l’oreille ; le ténor Martial Pauliat lui répond avec une voix plus douce et légère. Accordéon, violoncelle, trompette, trombone et clavier composent un écrin aussi mobile que les personnages qui l’habitent.
Cette porosité entre concert et théâtre se retrouve jusque dans les costumes : legging moulant aux motifs animaliers, queue-de-pie, noir et couleurs, silhouettes immédiatement reconnaissables. La mise en scène de Sol Espeche — qui remplace aussi exceptionnellement Yann Rolland, retenu par un heureux événement arrivé plus tôt que prévu — assume cette dimension de cabaret lyrique déjanté.
Et lorsque vient le Cha-cha-cha des thons, le public est invité à danser. Après avoir été sollicité, questionné et progressivement apprivoisé, il ne peut plus vraiment rester assis. La standing ovation semble alors moins provoquer la conclusion du spectacle qu’en constituer l’aboutissement naturel : dans Bêtes de scène, le public n’assiste pas au carnaval animalier. Il finit par en faire partie.
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