COMPTE-RENDU — Et si l’on éteignait nos téléphones et que nous ouvrions en grand nos oreilles ? Proposition parfaite pour un dimanche après-midi, au terme de cinq jours durant desquels le piano a résonné dans tout Angers. Place donc à Tanguy de Williencourt pour une leçon qui n’en avait pas l’air.
Pour son concert de clôture, le festival Angers Pianopolis change cette année d’amphithéâtre. Exit les pierres séculaires de la Doutre et les admirables charpentes des Greniers Saint-Jean : direction le Centre de Congrès d’Angers, ses 1.200 fauteuils bleus et son Orchestre national des Pays de la Loire. Au pupitre aujourd’hui (ou plutôt au clavier), Tanguy de Williencourt. Si l’on était congressiste, le sujet de la conférence serait sans doute : comment faire dialoguer Beethoven et Chopin sans jamais perdre le fil de l’émotion.
Un premier exposé sur Beethoven
Le musicien s’avance seul au piano pour présenter la Sonate n°23 « Appassionata ». Sitôt la projection allumée, le ton de la conférence est donné : ici, une touche de démonstration mais aucun effet de manche. Tanguy de Williencourt parle Beethoven avec clarté.
Le toucher se montre d’une grande finesse, particulièrement dans les nuances les plus retenues, ces pianissimi qui obligent presque la salle entière à retenir son souffle. Certes, quelques graves paraissent parfois un rien appuyés, mais la pensée musicale reste constamment lisible. Tout est affaire de direction : chaque phrase conduit naturellement vers la suivante, sans rupture artificielle. L’Appassionata devient alors moins une tempête qu’un raisonnement habité, intense mais parfaitement maîtrisé. Un cours magistral, dans tous les sens du terme !
Extrêmement attentif, personne (sauf moi) ne prend de notes, mais chacun semble comprendre le discours passionné de l’intervenant…
Un cas pratique avec Chopin
Puis, l’artiste revient accompagné cette fois de l’Orchestre national des Pays de
la Loire, des camarades de TD bienvenus ! La passion déferlante de Beethoven laisse place aux couleurs de Chopin : Andante spianato et Grande Polonaise brillante, avant le Concerto pour piano n°2.
Tanguy de Williencourt dirige du piano avec une gestuelle ferme et active, presque chorale dans la manière de modeler le souffle. Son jeu impressionne par son agilité tranquille : la virtuosité semble ne jamais coûter le moindre effort. Mais surtout, elle ne devient jamais un sujet en soi. Chez lui, chaque trait rapide reste chantant, chaque ornement conserve sa délicatesse, pas un seul faux pas sur l’estrade.
L’orchestre accompagne avec une belle qualité d’écoute. Les pupitres déploient une pâte sonore moelleuse et homogène, comme un commentaire discret autour du discours du soliste. Quelques très légers flottements apparaissent parfois, mais ils participent presque au charme vivant de cette grande conversation musicale (et universitaire).
Un prof en or
À mesure que le concert avance, la démonstration devient peu à peu confidence. On ne parle plus de technique ou de style, mais de tendresse, de respiration et de poésie. De quoi nous rassurer en cas d’interrogation surprise…
Après deux généreux bis, le Nocturne en ut dièse mineur puis un ultime retour au finale du concerto, la salle n’attend pas longtemps avant de se lever. Les bravos fusent et l’intervenant du jour peut saluer heureux : la leçon du jour était magistrale.
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