AccueilA la UneDeux pianos, mille détours

Deux pianos, mille détours

COMPTE-RENDU – Au festival Angers Pianopolis, Baptiste Trotignon et Thomas Enhco offrent une soirée jubilatoire aux frontières du jazz, entre improvisations, standards revisités et échappées poétiques. Un dialogue à deux pianos où virtuosité rime surtout avec écoute et plaisir partagé.

Le festival Angers Pianopolis célèbre le piano sous toutes ses formes. Le jazz y trouve donc naturellement sa place. Déjà invités séparément lors des précédentes éditions, Baptiste Trotignon et Thomas Enhco se retrouvent cette fois sur la scène des Greniers Saint-Jean pour une rencontre rare, nourrie de complicité, d’écoute et d’un goût commun pour l’improvisation.

Les deux pianistes affichent des personnalités très différentes mais parfaitement complémentaires. Baptiste Trotignon impressionne par une agilité fulgurante qui contraste avec son calme apparent. Chez lui, l’écoute passe presque entièrement par le son. Thomas Enhco, plus démonstratif, laisse constamment apparaître son plaisir de jouer, attentif au dialogue jusque dans le regard adressé à son partenaire. Très vite, leurs deux pianos se mêlent, se répondent et se prolongent dans une conversation fluide et réjouissante.

Regards croisés sur quatre-vingt-huit touches

Face à un public angevin particulièrement attentif, le duo déploie une palette de couleurs foisonnante : lignes lyriques, motifs répétitifs, rythmes dansants, éclats soudains ou respirations suspendues. Sans jamais rompre le fil du discours, ils passent avec naturel de All of You de Cole Porter à Caravan de Duke Ellington. Le délicat Memoria e Fado d’Egberto Gismonti apporte un moment d’apaisement presque méditatif, révélant un toucher d’une belle souplesse et une recherche constante d’équilibre sonore. Puis tout s’emballe à nouveau : Anything Goes pétille avec élégance, Monk’s Dream rend hommage à Thelonious sans imitation caricaturale, tandis que You’re Just a Ghost, inspiré par les disparus qui hantent Thomas Enhco, se mêle subtilement à une composition de Baptiste Trotignon.

Bach prend le train du swing

Après une tentative amusée (et plutôt vaine) de faire chanter le public sur You’ve Got a Friend de Carole King, les deux pianistes changent radicalement d’univers avec le Prélude n°2 en do mineur de Bach, lancé à toute allure dans une relecture jazz d’une virtuosité ébouriffante. Le public leur réserve alors une ovation immédiate.

Impossible évidemment de les laisser partir sans bis. Ils offrent d’abord la sublime ouverture de la Cantate BWV 106 « Actus Tragicus » dans la version de György Kurtág, puis le Prélude n°1 en do majeur, syncopé et réjouissant, avant de conclure avec un irrésistible Tea for Two. Une standing ovation vient saluer ce duo aussi brillant que profondément généreux.

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