COMPTE-RENDU — À la Philharmonie de Paris, Les Arts Florissants et le Ballet de Lorraine proposaient Concerto danzante, un spectacle où musique et danse avancent d’un même pas. Autour d’un programme réunissant plusieurs compositeurs baroques, deux univers chorégraphiques très différents trouvent un équilibre commun, porté par des interprètes particulièrement investis.
Pour l’occasion, la Philharmonie abandonne la configuration traditionnelle du concert : l’orchestre prend place sur un côté, face à un vaste plateau laissé aux danseurs. Les deux parties du spectacle développent des personnalités distinctes tout en partageant une même idée : faire de la musique un véritable partenaire du mouvement plutôt qu’un simple accompagnement.
Entrer dans la danse
Dès les premières minutes, le spectacle se met en mouvement. Garbo, chorégraphié par Josépha Madoki et porté par les costumes d’Arturo Obegero, puise dans un univers visuel nourri de références cinématographiques et d’une énergie communicative. La musique fait principalement la part belle à Vivaldi, tout en dialoguant avec d’autres compositeurs des XVIIe et XVIIIe siècles.
La seconde partie, Ad vitam aeternam, signée Maud Le Pladec avec les costumes de Jeanne Friot, adopte une esthétique différente. Bach en devient la figure centrale, tandis que le noir et blanc domine une écriture plus sobre, ponctuée de quelques apparitions presque fantastiques — un étrange lapin semble même s’être discrètement invité sur scène.
La richesse visuelle constitue l’un des points forts de la soirée. Les chorégraphies multiplient les formations collectives et les moments plus intimes, avec un langage toujours vivant et une occupation de l’espace particulièrement réussie. Les danseurs remplissent le plateau sans jamais donner une impression de surcharge, tandis que les transitions entretiennent un rythme constant.
Les costumes participent pleinement à cette dynamique. La première partie privilégie les couleurs, les matières et une certaine extravagance, avec une amusante montée des marches où chacun semble attendre les photographes — Greta Garbo était manifestement attendue, mais elle n’a finalement pas trouvé le chemin de la Philharmonie. La seconde partie adopte une esthétique plus épurée, où le noir et le blanc dominent tout en laissant apparaître quelques touches symboliques au fil des tableaux.
La scénographie reste volontairement légère et laisse toute sa place aux artistes. Quelques accessoires, des effets de fumée et surtout le remarquable travail de lumière d’Éric Soyer suffisent à transformer les atmosphères et à accompagner les différentes propositions du programme.
Quand les musiciens se mettent à bouger
Le CCN – Ballet de Lorraine défend cette double proposition avec une énergie constante. Les passages solistes comme les ensembles témoignent d’une belle précision et d’un engagement scénique qui ne faiblit jamais. La cohésion du groupe permet aux différentes esthétiques chorégraphiques de trouver une véritable unité.
À leurs côtés, Les Arts Florissants occupent une place tout aussi importante. Dirigeant depuis son violon, Théotime Langlois de Swarte entretient un dialogue permanent avec le plateau. Les phrasés demeurent souples, les cordes déploient une belle palette de nuances et le continuo apporte une assise solide à l’ensemble. Le soin apporté au style baroque, la richesse des couleurs et l’équilibre entre les pupitres permettent à cette musique de conserver toute sa personnalité au cœur du spectacle.
Un concert qui ne tient pas en place
Le public de la Philharmonie accueille très chaleureusement cette proposition originale. La générosité du programme, la qualité des interprètes et le dialogue permanent entre danse et musique maintiennent l’attention tout au long de la soirée.
Sans chercher à faire de la danse un simple décor pour le concert, ni de la musique un accompagnement pour le mouvement, Concerto danzante trouve un équilibre convaincant entre les deux. Une proposition originale, généreuse et remarquablement défendue par l’ensemble des artistes.
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