AccueilA la UneLes Arts Florissants en clair-obscur à Massy

Les Arts Florissants en clair-obscur à Massy

COMPTE-RENDU – À l’Opéra de Massy, l’ensemble Les Arts Florissants interprète l’œuvre qui donne leur nom et une autre pièce de Marc-Antoine Charpentier, La Descente d’Orphée aux enfers, sous la direction de William Christie.

Un théâtre de nuances… et du roi

Plus qu’une simple juxtaposition, le programme trace un arc dramatique où Les Arts florissants et La Descente d’Orphée aux enfers se répondent comme deux faces d’un même relief : ordre et fracture, éclat et vertige, lumière et profondeur. La première œuvre montre comment les arts peuvent pacifier un monde menacé par la discorde — et, accessoirement, faire un clin d’œil à Louis XIV avec une publicité royale avant l’heure, presque comme une campagne médiatique actuelle. La seconde retrace le mythe universel d’Orphée descendant aux enfers, une histoire déjà revisitée de nombreuses fois à travers les siècles.

Corps en scène, frictions et éclats

La mise en espace (de Marie Lambert-Le Bihan et Stéphane Facco) reste volontairement épurée : quelques chaises, une table et les instruments au fond du plateau laissent respirer le mouvement des chanteurs et danseurs. Quelques étoffes blanches servent à projeter la lumière ou se transformer en toges ou nappes, tandis que des cordes rouges évoquent serpents et flammes. Simple, mais efficace : le corps, les matières et la lumière suffisent à créer ces variations.

La chorégraphie de Martin Chaix occupe une place centrale. Dynamique, énergique, nourrie d’éléments contemporains, classiques et même de clins d’œil presque jazzés — on imagine Bob Fosse feuilletant la partition en cachette — elle insuffle à l’œuvre une vitalité très physique. Certains passages, surtout les scènes de guerre, sont si intenses que les bruits de pas et de corps rivalisent avec les instruments. Mais cette friction participe au jeu : le baroque n’est pas un musée sonore, il vit sur scène.

L’équilibre entre les deux œuvres se fait sentir : plus expansif et chorégraphique dans Les Arts florissants, plus concentré et dramatique avec Orphée.

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Une troupe en clair-obscur (et parfois un peu facétieuse)

Le jeu de nuances continue dans les gosiers. Les solistes du Jardin des Voix 2025 forment une troupe engagée en mouvement constant : chœurs, échanges de regards, déplacements coordonnés. Pas de hiérarchie figée, chacun trouve sa place dans cette architecture vivante.

Certaines vocalités deviennent caricaturales ou nasales dans les passages dramatiques, puis retrouvent une souplesse lyrique. Les danseurs, pleinement intégrés à la dramaturgie, renforcent cette impression : corps et voix racontent ensemble, alternant clarté et ombre, intensité et légèreté.

L’équilibre des lignes

Au centre de cet ensemble, William Christie dirige depuis le clavecin puis l’orgue avec une autorité discrète. Flexible et attentif aux lignes expressives des chanteurs, il modèle des tempos vivants et variés, sans jamais forcer l’effet. L’orchestre, richement timbré et sûr stylistiquement, révèle toute la palette de Charpentier : dissonances expressives, danses structurées, moments suspendus de grâce.

Le public, attentif et réactif, se laisse happer par chaque instant. Trois siècles et plus après leur création, les œuvres de Charpentier continuent de vibrer sur scène, mêlant éclat et ombre, énergie et subtilité, et rappelant que le baroque n’est jamais figé : il vit, respire et surprend encore aujourd’hui.

© Vincent Pontet
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