DANSE – Au Théâtre Montparnasse de Paris, Marcial Di Fonzo Bo nous propose un tango ensorcelant et sensuel. Ce voyage entre Paris et Buenos Aires donne furieusement envie d’entrer dans la danse. À découvrir jusqu’au 12 juillet.
Montparnasse, berceau parisien du Tango
Quand les premiers orchestres argentins débarquent à Montparnasse en 1920, au cœur des années folles, les Parisiens découvrent une musique venue des bas-fonds de Buenos Aires, qui ne tardera pas à devenir populaire. Les « muses françaises » nourrissent l’imaginaire des compositeurs porteños tandis que les artistes de passage deviennent des exilés, trouvant dans la capitale française un refuge autant qu’une scène. C’est cette histoire de fascination réciproque, à la fois intime et fantasmée, que Marcial Di Fonzo Bo entreprend de faire revivre pendant une heure et quart, convaincu que “le tango s’est nourri d’échanges entre l’Argentine et la France”.
Des fragments plein de nostalgie
Ni revue musicale, ni simple spectacle de danse, ¡Tango! se présente comme un collage de fragments sans fil narratif : souvenirs, images, chansons, textes, mouvements et musiques composent autant de lettres adressées à Buenos Aires. Des écrivains comme Julio Cortázar ou Copi croisent les mélodies d’Astor Piazzolla et du français Philippe Cohen Solal, tandis que les projections vidéo sur un rideau composé de lanières en plastique évoquent la ville, hier et aujourd’hui. A force de bifurquer entre littérature, souvenirs personnels et évocations historiques, le spectacle peine parfois à construire un fil narratif. Mais qu’importe, on se laisse volontiers dériver d’une époque à l’autre, ensorcelé par le tango.
Un cabaret hors du temps
Là, où le spectacle convainc pleinement c’est dans son atmosphère et dans la danse. Dans une scénographie volontairement épurée, quelques images, des costumes splendides et des lumières soigneusement travaillées suffisent à dessiner un cabaret intemporel et à sculpter les corps. Menés par Patricio Bonfiglio au bandonéon, les musiciens donnent au tango toute sa richesse mélancolique, de ses élans passionnés à ses blessures destructrices. La voix de la chanteuse Antonela Alfonso, à la fois charnelle et déchirante nous bouleverse.
Des danseurs époustouflants
La réussite la plus évidente réside toutefois dans la danse exécutée avec maestria par ces six danseurs impressionnants. La chorégraphie de Mauro Caiazza échappe à la démonstration folklorique pour retrouver ce qui fait la singularité originelle du tango : une tension permanente entre l’étreinte charnelle et l’affrontement. Les corps s’attirent, se croisent, s’enlacent, se soutiennent autant qu’ils se défient et se repoussent. Derrière l’élégance des pas surgit l’origine sociale d’une danse née dans les bas-fonds de Buenos Aires, parmi les migrants, les ouvriers et les bad boys. Le tango retrouve ici sa part d’ombre, sa violence contenue et sa sensualité troublante.
On pourrait reprocher une construction parfois trop lâche, voire un certain goût pour l’évocation au détriment de la dramaturgie. Mais ¡Tango! possède cette qualité rare : celle de faire ressentir davantage qu’il n’explique. En préférant les sensations aux explications, il restitue le manque d’une ville, que l’on porte en soi longtemps après l’avoir quittée. Et c’est sans doute là que le spectacle touche juste !
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