COMPTE-RENDU – La musique portugaise s’invite au Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt le temps d’une soirée exceptionnelle : entre fados revisités et musique actuelle, le pays des œillets célèbre à Paris sa fête nationale avec l’Orchestre Philharmonique Portugais et le célèbre fadiste Camané.
Le jeune Orchestre Philharmonique Portugais fourbit ses armes
Dix ans après sa création, l’Orchestre Philharmonique Portugais se produit à Paris dans le cadre des festivités de la Fête nationale portugaise fêtée traditionnellement le 10 juin. Cette soirée au au Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt, présidée par l’Ambassadeur du Portugal en France a permis de découvrir un Concerto pour piano du compositeur Mário Laginha, très apprécié dans son pays natal. Ce dernier, dont le nom demeure associé en premier lieu au jazz, s’intéresse par ailleurs à toutes les musiques du monde tout en restant ancré dans sa formation initiale classique. Tenant avec maestria la partie de piano de son concerto, il fait ressentir ces multiples influences entremêlées, en conférant une place toute particulière aux cuivres ou aux harpes qui souvent relaient avec subtilité la partie pour piano. Le 3ème mouvement très dynamique permet aux musiciens de l’Orchestre de mettre en avant, sous la direction musicale de leur chef Osvaldo Ferreira, toute une belle technicité et une sensibilité d’ensemble de belle tenue. Ces qualités imprègnent par ailleurs l’hommage rendu à la musique française avec l’interprétation fiévreuse et solide de La Valse de Maurice Ravel. Afin de donner à ce morceau d’anthologie une couleur plus spécifiquement française, plusieurs musiciens de l’Orchestre national de France sont venus apporter leur précieux concours.
Le fado s’ouvre sur le monde
Très longtemps, le fado traditionnel pour le public français se trouvait incarné par la figure légendaire et fascinante d’Amália Rodrigues, qui a également marqué de son empreinte le Théâtre de la Ville. Sans renier les origines et les fondamentaux de ce genre musical particulier qui mêle étroitement musique, chants populaires, poésie et littérature, un chanteur comme Camané est venu s’inscrire dans une nouvelle dynamique d’interprétation plus ouverte sur le monde. Les textes souvent vecteurs de tristesse et d’amours malheureux, de vague à l’âme et de nostalgie du temps passé, sont bien entendu conservés dans leur essence. Mais l’interprétation avec une guitare seule ou un petit ensemble orchestral comme le pratiquait Amália Rodrigues, s’il reste encore largement fort actif au sein du répertoire traditionnel portugais et ce fort heureusement, a évolué vers une orchestration plus fournie, plus brillante.
Camané (Carlos Manuel Moutinho Paiva dos Santos) est apparu sur la scène fadiste en 1982 à l’âge de 16 ans, poursuivant jusqu’à ce jour une carrière particulièrement riche et sensible à tous les styles de musique. À l’aube de ses 60 ans, la voix de l’artiste est demeurée intacte, avec une sorte de blessure douloureuse dans le timbre, forte et vibrante, véhiculant toute une gamme d’émotions toutes teintées de mélancolie. Les cinq fados interprétés avec l’appui de Mário Laginha au piano et Osvaldo Ferreira à la tête de l’Orchestre Philharmonique Portugais retracent ce parcours au service d’une musique que Camané incarne si profondément.
Grand succès public pour ce concert qui accueillait bien entendu et légitimement une large communauté portugaise.
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