AccueilA la UneLes Nuits étoilées du Ritz : luxe, calme et vocalises

Les Nuits étoilées du Ritz : luxe, calme et vocalises

COMPTE-RENDU – Le Ritz inaugure son premier festival d’opéra et de danse, et transforme pour trois soirs son célèbre jardin en scène à ciel ouvert. Une parenthèse aussi merveilleuse qu’onéreuse, qui offre l’occasion rare de découvrir ce lieu habituellement réservé à quelques privilégiés tout en réunissant des interprètes de haut vol. Un luxe assumé, mais un luxe qui vaut le détour.

Imaginée par le directeur artistique Frédéric Fontan, cette première édition réunit quelques grandes figures de la scène lyrique et chorégraphique autour de trois soirées thématiques : Nuit de Diamant, Nuit des Romantiques et Nuit Claire de Lune. Une proposition aussi clinquante qu’ambitieuse, à l’image du palace qui l’accueille. Nous vous raconterons ici l’expérience de la Nuit de Diamant, un hommage aussi bien à l’éclat de la place Vendôme qu’à l’univers de la haute joaillerie.

Un diamant gros comme le Ritz

Avant même que le spectacle ne commence, on est déjà dans l’ambiance. Par une douce soirée de juin, on déambule entre les tilleuls, les magnolias blancs et les fontaines historiques de ce jardin inspiré de Versailles. On sirote une coupe de champagne, on picore quelques délicieux petits fours — mieux vaut arriver en avance disons une bonne heure, car il serait dommage de s’en priver — tandis que le soleil décline lentement sur les façades. Puis une cloche retentit. Il est 21 heures. Chacun regagne sa place, découvrant au passage un petit cadeau glissé sur son siège, plus ou moins généreux selon la catégorie choisie. Le Ritz a le sens du détail. Mais bon, assez parlé de ce lieu exceptionnel et de la manière de recevoir : place à la danse et à l’opéra.

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Éclats précieux de deux sopranos

Quinze tableaux s’enchaînent avec fluidité, nourris du répertoire des grands classiques admirablement dirigé sous la baguette d’Aymeric Gracia.

La soprano Axelle Saint-Cirel, révélée au grand public lors de la cérémonie d’ouverture des JO de Paris 2024, ouvre la soirée avec un panache évident. Magnétique dans Les Huguenots, flamboyante et incandescente en Carmen, elle impressionne par une présence scénique intense, servie par une voix ample et chaleureuse. Dans son solo final Sorge Nell’alma Mia, drapée, elle confirme une grande présence vocale avec une projection solide. Bref, elle irradie.

À ses côtés, Claire de Monteil est tout aussi éclatante. Voix lumineuse, agile, au grain expressif, elle s’amuse dans l’Air des bijoux de Faust, avec un sens du jeu qui évoque irrésistiblement une Castafiore échappée de Tintin. Mais derrière la qualité de son jeu comique affleure une vraie tenue vocale, qu’elle déploie avec une intensité poignante dans Un bel dì vedremo, de Madame Butterfly où elle nous arrache quelques larmes.

Trois joyaux chorégraphiques

Côté danse, le niveau est tout aussi élevé. Dans Renaissance, chorégraphié par Sébastien Bertaud sur le concerto pour violon de Mendelssohn, Roxane Stojanov et Florent Melac déploient une grâce aérienne. Puis vient L’Impératrice, créé spécialement pour la danseuse étoile sur un nocturne de Chopin. Un moment suspendu et merveilleux. Lorsqu’elle traverse toute l’allée centrale bordée de tilleuls pour rejoindre la scène, drapée de blanc dans la lumière du crépuscule, Roxane Stojanov semble surgir comme une dame blanche, presque un fantôme, glissant silencieusement entre les arbres et les spectateurs. Enfin, le sublime pas de deux de Cendrillon de Prokofiev par Rudolf Noureev vient clore cette soirée étoilée en beauté.

Cette expérience a un prix : de 150 à 550 euros selon les catégories, la plus prestigieuse offrant même une rencontre avec les artistes. Mais difficile de nier le caractère magique de l’événement. On y vient autant pour l’opéra et la danse que pour le simple plaisir de vivre une parenthèse hors du temps. À en juger par le public, largement international, le festival semble avoir trouvé son audience notamment parmi les habitués de l’hôtel à l’image de mon voisin américain. Émerveillé par la qualité de nos interprètes, il confiait d’ailleurs son intention d’aller les voir prochainement sur la scène de l’Opéra.

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