AccueilA la UneZémir et Azor, la DeLorean de Louis Langrée

Zémir et Azor, la DeLorean de Louis Langrée

INSOLITE – Le chef d’orchestre Louis Langrée conduit non seulement des opéras mais aussi une DeLorean, littéralement pour les premiers et métaphoriquement pour la seconde. Il prend ainsi le volant d’une machine à voir l’avenir et à remonter le temps, pour nous parler de Zémire et Azor de Grétry, celui de ce mois de juin 2023, celui d’il y a 30 ans : Retour vers le futur !

C’est assurément une rareté et un événement de cette fin de saison : « Zémire et Azor » de Grétry mis en scène par Michel Fau et dirigé par Louis Langrée à partir du 23 juin (il confie la baguette de la dernière à Théotime Langlois de Swarte le 1er juillet).

Et oui, Zémir et Azor, c’est la Belle et la Bête ©Opéra Comique
Retour vers le futur !

C’est un événement, c’est une rareté et pourtant, ce n’est pas une première, pas même à Paris, pas même avec ce chef ! Il faut certes monter à bord d’une DeLorean (pas facile à acquérir désormais : elle avait coûté 4.800$ à le Doc dans Retour vers le futur, mais maintenant elle doit coûter une fortune, pas tant avec toutes les améliorations qu’il y a apportées, mais l’inflation depuis 1982, j’vous raconte pas !).

Pas grave, Louis Langrée a son modèle toujours en marche, garé en double file place Boieldieu et pour les 2,21 gigawatts nécessaires à faire fonctionner l’engin, aucun problème : ce chef nous explique qu’il a forcément le coup de foudre pour tout ce qu’il dirige (de quoi faire passer Gilbert Bécaud « Monsieur 100.000 Volts » pour une de ces vieilles piles que vous oubliez toujours d’amener là où il faudrait les amener, parce qu’on les jette pas n’importe où, hein !).

Donc voilà, nous sommes bien installés, pas même besoin d’autoradio : Louis Langrée nous chante lui-même en interview et sans se faire prier son best-of de la partition. Le livret est dans la boîte à gant. Ah et il y a aussi le manuel de la voiture. Le Doc a renversé du café et des tubes à essai dessus (alors que Grétry c’est des tubes du court)… mais on peut encore lire que le moteur, dans la DeLorean DMC-12, c’est un V6 PRV 130 chevaux… franco-suédois !

   Nom de Zeus Marty ! franco-suédois… c’est le destin

En effet, la coïncidence est troublante, la France et la Suède ont donc conservé à travers les siècles une synchronisation bien huilée : celle des orchestres et des moteurs. 

Grétry et ABBA, même combat

Preuve en est avec Zémire et Azor, opéra-ballet composé par André Grétry sur un livret de Jean-François Marmontel (qui fait voyager La Belle et la Bête dans un Orient fantasmé : le Disney de l’époque en somme). 

Zémire et Azor en français, connu sous le nom de « Zemir och Azor » en suédois. Parce qu’il est connu Grétry à l’époque, c’est une super-star internationale : numéro 1 du hit-parade qui aurait gagné tous les concours de l’Eurovision si ça existait à l’époque. Et d’une certaine manière ça existe (ses œuvres sont jouées à travers le continent), d’autant que l’Europe entière regarde alors vers la France comme un phare culturel (dès qu’on peut être fiers on en profite).

Alors quand Grétry (“le compositeur préféré de Marie-Antoinette” dit l’histoire, qui ne raconte pas si elle l’écoute en dégustant de la brioche) créé Zémire et Azor devant la Cour de France à Fontainebleau le 9 novembre 1771, et puis pour le public de la Comédie-Italienne à Paris le 16 décembre qui suit, tout de suite ça donne des idées, ça fait des envieux… Et dès le 22 juillet 1778 (le monde ne va pas aussi vite à l’époque), dès la première saison que peut s’offrir le très francophile et éclairé Roi Gustave III de Suède, il s’offre ce spectacle dans son Théâtre du Palais de Drottningholm, et traduit en suédois (par la jeune Anna Maria Lenngren) avec même un nouveau prologue signé du fameux poète Johan Henric Kellgren, qui a même sa page wikipedia en français, tout comme Zémire et Azor a sa page en suédois : quand on vous dit que c’est important.

Pratar du Svenska ?

D’ailleurs en voici le début (de cette page wiki) : « (Zemir och Azor) är en opéra comique i fyra akter med musik av André Grétry och libretto av Jean-François Marmontel efter romanen La Belle et la bête (Skönheten och Odjuret) av Jeanne-Marie Leprince de Beaumont (1756), och pjäsen Amour pour amour av P. C. Nivelle de La Chaussé (1742). » (on ne traduit pas, tout le monde aura compris : parce que vous révisez votre suédois tous les dimanches en achetant des Krisprolls chez Ikea).

Et heureusement que la DeLorean prend bien les virages parce que Louis Langrée nous la règle maintenant sur 1969. Le lieu est le même, le Festival de Drottningholm (qui bat toujours son plein), qui reprend Zemir och Azor, et puis nous voilà en 1993, l’opéra est à nouveau repris, mais là Louis Langrée nous laisse faire le créneau : c’est lui qui doit aller diriger l’opéra (dans une mise en scène de John Cox qui se rend ensuite au Théâtre des Champs-Elysées, en mai 1994 à l’occasion du « printemps suédois » à Paris).

Rencontre avec Michel Fau, metteur en scène du Zémir et Azor à l’Opéra Comique
Stockholm – Paris : deux salles, deux ambiances

Mais avant de sortir de voiture pour retourner en fosse à Drottningholm, Louis Langrée nous confie : “ce théâtre que connaissent tous ceux qui ont vu La Flûte enchantée de Bergman est un endroit extraordinaire, une merveille… je ne me souviens plus du tout des choix de tempi, et tant mieux ! Il ne faudra pas du tout faire la même chose à l’Opéra Comique. Ce ne sont pas les mêmes théâtres, pas les mêmes dimensions, pas les mêmes chanteurs. Et c’est en Français, quelle belle langue ! Marmontel est un vrai musicien de la langue.”

Mais les Suédois continuent d’aimer ça : en 2020 Drottningholm a créé une production familiale de cette œuvre, pour les petits et grands dès 6 ans : et pour cause, cette histoire de La Belle et la Bête est des plus morales.

Le théâtre de Drottningholm, à Stockholm ©dtm.se

Alors comme c’est compliqué d’avoir accès à une DeLorean, comme c’est risqué aussi (surtout si vous manquez de points sur votre permis de conduire, on vous rappelle que la faille spatio-temporelle se déclenche à 88 miles à l’heure : soit 141 km/h ! sans vous parler de la galère pour trouver son carburant : du plutonium pour fusion nucléaire, presque aussi dur à trouver qu’une recharge pour voiture électrique au bord d’une départementale et presque aussi cher que le Sans Plomb 98 désormais)… comme c’est compliqué tout ça, nous vous conseillons donc de ne pas manquer les représentations Salle Favart à Paris, du 23 juin au 1er juillet.

Et sur Ôlyrix – le portail du lyrique, vous pouvez même faire connaissance avec les interprètes qui vous présentent les personnages.

P.S. vous y croyez ?! la toute nouvelle proposition de la plateforme gratuite de streaming OperaVision, c’est Zemira e Azor” chanté en italien (capté à Mannheim le 28 mai dernier, disponible depuis le 10 juin)… ça ne s’invente pas : c’est ainsi que l’œuvre y a été donnée en 1776.

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