AccueilA la UneLa Scala de Milan au TCE : un grand bol d'air frais

La Scala de Milan au TCE : un grand bol d’air frais

OPERA – Vous n’êtes pas partis en vacances cet été ? Qu’à cela ne tienne ; l’orchestre et le chœur du théâtre de la Scala de Milan nous faisaient ce mardi 12 septembre l’honneur d’apporter un peu d’Italie à Paris, sur la scène du Théâtre des Champs Elysées. Avec Riccardo Chailly à la baguette et Verdi au programme, la salle fut conquise sans difficulté.

Deux heures de concert, entièrement dédiées à Verdi. Pour sa rentrée, le TCE n’a pas fait les choses à moitié. Pour l’orchestre, c’était queue-de-pie et pour le chœur, smoking. Riccardo Chailly était quant à lui déchaîné et infatigable. Au programme, des morceaux choisis, comme une petite anthologie musicale de ce héros national : des extraits de Nabucco, d’Ernani, mais aussi d’Il Trovatore ou d’Aida

On se fait un blind test ? 
Ça en fait du monde pour un soir de semaine ! © Vincent Pontet

A-t-on le droit d’aimer le grand spectacle ? Avouons-le, aller écouter une compilation de grands airs semble un peu vulgaire comparé au grand genre qu’est normalement l’Opéra – au sens, en comparaison, où une pièce peut y être donnée en totalité. Une compilation, est-ce autre chose que du divertissement de bas étage, des émotions faciles, des frissons obtenus en trichant ? Évidemment que ce concert au TCE vous a plu ; il a plu à tout le monde ! Personne ne pourra dire que c’était mauvais, mais personne n’en sortira changé non plus. Vous n’aurez fait que vous satisfaire de reconnaître des mélodies que tout le monde connaît ! Et puis, n’est-ce pas absurde de se lever tous les deux morceaux sous prétexte que l’on passe déjà à un autre opéra …? Les morceaux s’enchaînent sans nous laisser le temps d’entrer dans l’œuvre ! Enfin, bon sang, l’opéra ! L’opéra n’est pas un blind test !

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Et pourtant, il y avait mille raisons d’aimer ce concert. Les musiciens et chanteurs étaient d’une énergie folle, les airs exécutés avec passion. L’agencement du programme était intelligent. La direction d’orchestre débordait de malice. Il était grisant de s’abandonner au plaisir simple de retrouver ces incroyables pages de grande musique. Alors oui, il y a bien eu des exclamations ou des sourires quand le public retrouvait des mélodies célèbres… et alors ? Le génie de Verdi ne méritait-il pas chacun de ces sourires ?

Ricardo Chailly back-stage. Directeur musical de la Scala, meilleur ET pire job du monde… ©Vincent Pontet
Notre best-of 

Puisqu’on ne peut parler de la quinzaine de titres qui ont été interprétés, voici au moins un petit top 3:

En 3e position, deux ex æquo (parce que ce sont deux pièces orchestrales, et puis parce que c’est notre best of, donc on fait ce qu’on veut) :

D’abord, le « ballet final » (Acte III, tableau 2) de Don Carlo, sorte de course folle et guillerette qui gagne tout l’orchestre dans de délicieux jeux de relais et questions/ réponses. Le chef n’eut aucun mal à susciter des rires discrets dans la salle. Ensuite, la délicieuse « Sinfonia » qui ouvre La Forza del destino : quelques très belles pages emportées qui vous feraient pleurer puis trembler successivement, dans des mouvements de dents de scie, la furie orchestrale alternant avec la douceur de ce thème si connu. 

En 2e position, un air d’Ernani : « Si ridesti il Leon di Castiglia »

La diction du chœur masculin fut brillante – le morceau est un bijou d’écriture syllabique. Bref, simple, efficace ; l’orchestre avait su installer une pesanteur légère dans toute la salle. 

En 1ère position (and ze winneure is):

L’entrée terrifiante et majestueuse du chœur, au début du concert, sur l’air « Gli arredi festivi » de Nabucco. Après des premières mesures dignes d’un dies irae, on assiste à une litanie lente et pénétrante, d’abord masculine, puis féminine et enfin mixte, avant de revenir à l’esprit du début. Rien qu’à l’échelle de ce morceau, on trouve cette force et cette densité des contrastes qui caractérisait le concert : en quelques minutes, on explorait tout le tragique et tout le délicat, avec des changements de ton brusques et imprévisibles. 

Si nous le pouvions, nous parlerions de ce chœur lugubre venu d’outre-tombe pour chanter pendant le « Spuntato ecco il dì d’esultanza » de Don Carlo – auquel vient faire suite un solo langoureux des violoncelles ; ou de ces autres airs, francs, généreux et gauches, comme « Vedi le fosche notturne spoglie » d’Il Trovatore. Mais nous nous contenterons de répéter les mots d’un homme qui, entre deux airs, a lancé du parterre l’exclamation « Viva Verdi » – à la suite de quoi Riccardo Chailly, immobile pendant une fraction de seconde, s’est retourné et a opiné devant une salle ravie. Ah, quel concert !

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