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Banco pour la Veuve Joyeuse à Buenos Aires !

OPERA – Au Teatro Colón, Le chef d’œuvre de Franz Lehár ne prend plus place au début du XXe siècle à l’ambassade du Pontévédro à Paris, mais dans les années 50 à la « Bank Pontévédro »… À vos billets !

Le monde de la diplomatie n’est discrètement présent qu’en coulisse : la soirée s’inscrit dans le programme « Divina Italia », collaboration entre le Teatro Colón et l’ambassade d’Italie à Buenos Aires. Ce spectacle est en effet la reprise d’une mise en scène de Damiano Michieletto coproduite en 2018 par la Fenice de Venise et la fondation du Teatro dell’opera de Rome.

Vue globale : Banque et banqueroute

Cette coproduction de La Veuve joyeuse est ainsi l’occasion de substantielles économies pour le Teatro Colón, institution qui cherche, comme toutes les maisons d’opéra, à survivre dans un contexte budgétaire particulièrement tendu. Curieux parallèle, cette reprise de La Veuve joyeuse se fait dans un pays, l’Argentine, qui traverse, comme la fictive Principauté du Pontévédro, une grave crise financière et économique. L’inflation annuelle à trois chiffres résume l’élection présidentielle en cours à un sujet référendaire : faut-il embrasser ou rejeter la dollarisation de l’économie locale ?

Efficace et pas chère, c’est la Pontevedro Bank que j’préfère ! ©Arnaldo Colombraroli

La transposition de l’intrigue dans le hall d’une banque des fifties (acte I) puis, à l’acte III, dans le bureau de l’un de ses employés (le Comte Danilo officie comme cadre bancaire), ne manque pas d’audace. Mais les ennemis jurés du Regietheater et les amoureux des palais diplomatiques (somptueux à Buenos Aires), en sont pour leurs frais (bancaires, of course!). C’est d’ailleurs moins l’espace que l’époque retenue qui pose question : peut-on rapprocher l’effervescence de l’Après-guerre, qui coïncide avec le boom économique de la reconstruction européenne, avec les premières années du XXe siècle, période paradoxale de la Belle Époque (qui est celle du livret), entachée par des scandales financiers et politiques (Panama) et des tensions internationales qui, en s’exacerbant, mèneront à la Première Guerre mondiale ? « Le pouvoir de dire oui » relèverait d’un argument publicitaire simpliste bien mince en guise de réponse.

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Les cordons de la bourse

Dans les sous-sols invisibles de la banque, le directeur (musical) Jan Latham-Koenig, tient dans l’ombre les cordons de la bourse. Optimisme et rigueur fondent ses orientations stratégiques qui ne parviennent guère à rendre grâce au genre de l’opérette viennoise. La pertinence des investissements est palpable mais les musiciens de l’orchestre permanent du Colón offrent des performances contrastées. Un manque de brillance, d’éclat et d’élan rythmique dans leurs résultats côtoie parfois un volume d’actifs trop conséquent laissant certains chanteurs sans voix. De son côté, le chœur permanent du Colón, dirigé par Miguel Martínez, rehausse des perspectives de groupe qui embellissent le bilan collectif. La rentabilité théâtrale est nette, les chorégraphies (Chiara Vecchi) privilégiant le rock ou le twist, aux dépens de la valse de salon, attestent que cette dernière a cessé d’être une valeur refuge.

©Arnaldo Colombraroli

Notons que le personnage de Nyegus, joué par l’acteur Carlos Kaspar, qui tire sur scène les cordons du grand rideau rouge, parvient à rythmer l’intrigue de ces facéties mais sans déclencher de plus-value comique notable.

La Veuve et l’orphelin

Les lustres du hall et la froideur de leur lumière (Alessandro Carletti) doivent faire oublier le lustre de l’ambassade. Dans ce contexte morose, la veuve Hanna Glawari est interprétée par l’Argentine Carla Filipcic-Holm qui plante une richissime cliente de la banque, haute en couleurs, contrastant avec les tons pastels des décors (Paolo Fantin) et des costumes (Carla Teti). L’investissement théâtral, par des poses et une gestuelle esquissées avec tact et précision, renforce le relief d’intonations vocales fleuries. Une envolée de coloris plus chatoyants encore se fait jour à partir du 2e acte, où la prise d’assurance rentre dans le capital de la chanteuse. Son soprano, brillant et lustré, compense la pâleur de l’environnement. À l’instar du sérieux budgétaire, l’allemand est rigoureux et irréprochable. Les lignes vocales, projetées avec coffre, dessinent des statistiques à la hausse, des mouvements amples et fermes, avec une attention portée aux notes finales qui déclenchent, comme à la bourse, des applaudissements. Elle incarne à elle seule tout ce qui reste d’un glamour Belle Époque suranné, qui semble bien orphelin dans ce panorama.

Carla Filipcic-Holm ©Arnaldo Colombraroli
Point par point : Banque vocale
  • Parmi les principaux rôles chantés, le baryton autrichien Rafael Fingerlos (Danilo) possède une voix haute et mate, avec des réserves importantes dans les graves. L’émission, saine et fluide, marque une référence assez sûre, mais il est regrettable que le manque de volume impose l’utilisation d’un micro lorsque son personnage chante de façon délocalisée, au 2e acte, depuis une petite scène surélevée comprenant six musiciens, alors que le décor est celui d’une salle des fêtes ou de bal populaire.
  • La voix de baryton-basse de l’Allemand Franz Hawlata (Baron Mirko Zeta), puissante et rocailleuse, relève par le caractère drolatique de son personnage d’une valeur sûre et respectée. Sa femme Valencienne reçoit de Ruth Iniesta, soprano espagnole, un timbre posé, élégant et suave, avec une cote prometteuse. La chaleur du ténor de Galeano Salas, d’une belle vivacité dynamique, correspond aux ardeurs de Camille, valeur montante et amant de Valencienne.
  • Parmi les rôles plus modestes, l’offre reste généreuse. Les efforts des dames (les mezzo-sopranos Alejandra Malvino et Mariana Rewerski sont Praskovia et Olga, tandis que la soprano Cintia Velázquez chante Sylvianne) dessinent des courbes vocales amples et diffuses. Trajectoire et expérience guident aussi les voix masculines secondaires : Carlos Ullán (Brioche), Cristian Maldonado (Pitschitsch), Sebastián Angulegui (Vicomte Cascada), Sebastián Sorarrain (Bogdanovich) et Alejo Álvarez Castillo (Kromow) font preuve d’assurance et d’initiatives dans l’expression corporelle et vocale.
Money money money… ©Arnaldo Colombraroli
L’avis du public

L’ambiance de fête viennoise et parisienne n’est guère à l’œuvre dans une production certes applaudie mais qui n’emporte pas la pleine adhésion. Trop habitués aux injonctions du FMI et lassés de la dévaluation de leur propre monnaie, les Argentins attendaient moins un rappel à l’ordre financier qu’un divertissement plus conforme à leurs aspirations.

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