Tragi-classique au Pharo de Marseille

CONCERT – À l’auditorium du Pharo, l’Orchestre Philharmonique de Marseille continue de se familiariser avec l’italien Michele Spotti, récemment nommé après l’historique Lawrence Foster. Pour ce premier concert symphonique de la saison avec leur futur nouveau chef, l’Italie était à l’honneur sur scène, quand sur la partition se déployait l’arc tragi-comique de Stravinsky à Strauss, avec au coeur, la symphonie Tragique de Schubert.

L’Avent, et l’Apprêt

Le programme de salle rédigé par Olivier Bellamy se place sous l’autorité de Giuseppe Verdi : Retournons vers le passé, ce sera déjà un progrès. Tout le sel de la programmation repose sur la manière qu’a la musique de jouer avec la chronologie, d’avancer à grands pas, de revival en revival, pour exprimer le potentiel de nouveauté des répertoires anciens.

Avec la suite pour orchestre Pulcinella, Stravinsky choisit de révolutionner la musique en douceur, en catimini, confiant à la neutralité d’un pantin, Polichinelle, le rôle de faire sonner un orchestre en manteau d’Arlequin, façon commedia dell’arte. Suit l’œuvre concertante de circonstance, plus rarement jouée encore que l’œuvre précédente (la rareté étant une manière de faire du nouveau ?), le Concerto pour hautbois de Richard Strauss, dont la virtuosité, superbement portée par l’italien Francesco Di Rosa n’est pas seulement d’école. Quant à Schubert, dont la symphonie dite « tragique » occupe le deuxième volet du concert, il est, comme son modèle Beethoven, à la fois post-classique et pré-romantique, en apesanteur stylistique, ou pourquoi pas maitre d’œuvre principal de leur transition. 

Saluts, les amis ! © DR180610

Vaste question croisée donc, que celle posée par ce programme : celle du compositeur et de ses modèles, celle du public et de ses querelles, in fine toujours entre anciens et modernes !

Boulevard des Italiens

La gestuelle du chef italien est énergique et décidée, les rebonds mesurés de l’intérieur vers l’extérieur, pareils à des gestes de jongleur. Ils découpent clairement dans Pulcinella les petits blocs lumineux d’une œuvre-mosaïque. Les pupitres sont comme à l’affût, comme au taquet : la petite harmonie avec son timbre de coquillage, les cuivres, tantôt grognons, tantôt en majesté, le quatuor, gracile ou élégant. Le chef, tout en douceur, va chercher la finesse concertante flottant et serpentant au-dessus de l’accompagnement en rythmes obstinés : basse dis-continue. L’ensemble sonne concerto de chambre, petit salon. Lors des concertinos (petits ensembles de solistes issus de l’orchestre dans le concerto grosso baroque : basson, cor, flûte, trombone ici…), il lâche sa baguette, pour mieux caresser le doux zéphir émanant des vents, si bien nommés.

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Le violoniste super-soliste de l’après-midi est puisé dans la phalange, en l’absence de Da-Min Kim. Il s’agit de Marcello Miramonti, également italien, « italiano vero », qui endosse un rôle particulièrement exposé dans la suite de Stravinsky, son instrument parvenant à faire la synthèse entre la luminosité et la vulnérabilité de Pulcinella.

Francesco Di Rosa donne le La ! © Buffet Crampon

Le Concerto pour hautbois de Strauss gravite autour d’une antenne dirigée : le hautbois du troisième italien, Francesco Di Rosa. Sa gestuelle est ancrée, depuis ce point d’équilibre, ce centre de gravité, à partir duquel il organise ses phrases et ses phrasés. Un entrelacs qui respire : telle est la conception du contrepoint, revu et corrigé par le Strauss de la maturité. Le soliste semble insuffler l’air nécessaire non seulement à son instrument, mais à la phalange tout entière. Côté timbre, la mélopée produite par le soliste étonne par sa finesse. Jamais il ne transperce le tympan de la cathédrale acoustique ; il préfère épouser la rondeur de ses coupoles. Clin d’œil du compositeur, particulièrement réussi par le soliste, à l’issue de la cadence : le hautbois, comme le veut la tradition, donne le « la » à l’orchestre, qui conclut. Le bis est du fait du quatrième italien de la soirée : Mission, célèbre thème de film, signé Ennio Morricone. L’instrument, qui semble avoir montré quelques faiblesses, réparées en direct par le soliste, atteint ses suraigus, avec justesse ; tragédie évitée de justesse.

Tragi-classique

La Symphonie n° 4 en do mineur, D. 417, dite Tragique de Schubert, arrive après l’entracte, plat de résistance historique d’un concert moderne.

Gravité et ferveur sont à l’oeuvre : voilà le chef dans une autre gymnastique. Moins soumise au principe de l’économie de moyens, elle sollicite physiquement chaque pupitre. Tout en gardant sa lisibilité, elle se permet des gestes expressifs, notamment du côté des coups d’archet des cordes. Cela confère au quatuor une assise puissante, d’où partent des couleurs orageuses, en contraste avec la petite harmonie. La « petite musique » de la symphonie inachevée est déjà là, entrant à pas furtifs dans la grande fugue de l’existence. Michele Spotti mobilise ses muscles les plus profonds pour entrainer et contrôler en même temps ses musiciens, dans le couloir stylistique de l’œuvre.

Michele Spotti dirige son premier concert en qualité de chef permanent de l’Orchestre philharmonique de Marseille, en présence du maire de la cité phocéenne et d’un public italien venu nombreux. Mais c’est l’ensemble du public présent qui l’applaudit longuement, et, au premier chef, sa phalange, qu’il remercie dans un français parfaitement chantant.

Demandez le programme !

  • I. StravinskyPulcinella Suite 
  • R. StraussConcerto pour hautbois en Ré Majeur, TrV 292 
  • F. Schubert Symphonie n° 4 en do mineur, D. 417, dite La Tragique
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