AccueilSpectaclesComptes-rendus de spectacles - DanseSérénade à Strasbourg : Balanchine 2.0

Sérénade à Strasbourg : Balanchine 2.0

DANSE – Le samedi 13 janvier 2024, le Ballet de l’Opéra National du Rhin a présenté Sérénades à Strasbourg, un spectacle composé de trois créations chorégraphiques accompagnées par les pupitres de cordes de l’Orchestre Symphonique de Mulhouse sous la baguette de Thomas Rösner.

Le spectacle présenté à l’Opéra de Strasbourg est une traversée de l’œuvre de George Balanchine et de la technique chorégraphique développée par lui dans la première moitié du XXe siècle, à travers le regard de trois créateurs et dans trois pièces successives : Muse Paradoxe de Brett Fukuda, Sérénade de Gil Harush et Pour le reste de Bruno Bouché. Le titre choisi pour englober ces trois créations (Sérénades) est une référence au chorégraphe géorgien, dont l’œuvre du même nom est un pilier fondateur du style néoclassique américain. La Sérénade désignant un chant d’amour romantique, c’est l’inépuisable thématique de la séduction que le spectacle questionne. Le romantisme de notre époque, et ses représentations. Tout un programme…

Côté musique, le spectacle convoque Stravinsky et de Tchaïkovski, interprétées par les cordes de l’Orchestre Symphonique de Mulhouse dirigée par Thomas Rösner. Bien que légèrement imprécise par endroits – notamment dans la Sérénade pour cordes de Tchaïkovski où les attaques des pupitres auraient pu être plus incisives – sa direction est inspirée et sensible, lyrique et romantique à souhait.

© Agathe Poupeney
Muse Paradoxe : on fait pas genre

Muse paradoxe est une réflexion autour de la figure de la muse, qui s’apparente à la danseuse dans le processus de création et le rapport romantisé d’un chorégraphe avec son artiste. Brett Fukuda joue de cet imaginaire d’un chorégraphe pygmalion qui façonne des danseuses au service de sa volonté créative (à la fois sujet et objet de son art) et en traite les codes genrés et rapports de domination.

Et Paon ! © Agathe Poupeney

La pièce est une référence directe à Apollon musagète, un ballet de Balanchine sur la musique de Stravinsky entre 1927 et 1928, racontant l’élévation d’Apollon au rang de divinité par l’entremise de trois muses. Sur la même musique, Brett Fukuda traite cette thématique en inversant les rapports de domination, dans l’idée d’affranchir le corps de la femme du regard masculin : en écho aux muses de Balanchine, un trio d’hommes fait la parade nuptiale et madame porte autant monsieur que l’inverse ! Une déconstruction qui s’applique au genre, mais aux références aussi. Bien que Balanchine soit la principale source de technique et d’inspiration de Brett Fukuda – et pour cause, elle a été formée à la School of American Ballet, école de référence pour le style Balanchine et fondée par lui en 1934 – la chorégraphe affirme sa propre identité créatrice en convoquant des références issues de domaines variés. Chaplin, Buster Keaton, Michel-Ange, Loïe Fuller…

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Sérénade en eaux troubles

Sérénade de Gil Harush utilise la Sérénade pour cordes de Tchaïkovski, et le poème de Verlaine du même nom, passé en intro. Un des violonistes, éclairé par la lumière divine d’un projecteur, se tient debout dans la fosse, instrument tendu vers le public. Un couple de danseurs apparaît alors à l’avant scène, et le rideau se lève sur les danseurs en place sur une scène sombre, habillée de fumée et de la lumière oblique des projecteurs. La scénographie, l’attitude des danseurs et leurs costumes crée une ambiance oppressante : peut-être les eaux du Styx du poème de Verlaine ? Si le langage des corps repose toujours sur la technique de Balanchine, Gil Harush affirme une identité chorégraphique très éloignée de celle de Brett Fukuda. Moins intime, la danse a peu recours au contact et repose plutôt sur le travail d’ensemble, avec un principe récurrent : une chorégraphie de groupe dont s’affranchissent momentanément un ou deux interprètes avant de réintégrer l’ensemble.

Marrée Noire © Agathe Poupeney
Pour le reste…

Quant à Pour le reste, la création de Bruno Bouché, elle cite Balanchine par le costume : une danseuse apparaît sur scène dans une robe bleue surdimensionnée, renvoyant aux tutus bleutés portés par les interprètes dans Sérénade. Ce costume renvoie à la fois au romantisme de la musique de Tchaïkovski, mais aussi à la figure de la princesse et une reprise des codes genrés dans la distribution comme dans la chorégraphie en elle-même. Tout au long de la pièce, la technique classique est sous-jacente : les femmes dansent sur pointes et les hommes sont dans une forme de sur-démonstration avec des sauts et des pirouettes.

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