AccueilSpectaclesComptes-rendus de spectacles - DanseBoston ballet : la classe américaine

Boston ballet : la classe américaine

DANSE – Dans le cadre de TranscenDanses, le Boston Ballet revient au Théâtre des Champs-Élysées pour une soirée exceptionnelle avec trois pièces emblématiques de son répertoire signées Jorma Elo, William Forsythe et Jiří Kylián. Un programme qui nous laisse bouche bée. 

La TranscenDanse manque à l’appel

Le chorégraphe finlandais Jorma Elo s’attaque à un pilier de la musique classique : les Suites pour violoncelle de Jean-Sébastien Bach. Créée en 2015, « Bach Cello Suites » explore un panel d’émotions humaines de la peur à la victoire en passant par l’amour à travers une succession de tableaux portés par mouvements gracieux. Les corps des danseurs épousent parfaitement la partition créant certains duos déchirants par moments.  Une osmose parfaite entre musique et danse. En d’autres termes, on assiste à une traduction de la musique de Bach par un nouveau langage corporel.

La mise en scène d’Elo est épurée. Elle laisse toute la place à la musique et à la chorégraphie. Un violoncelliste commence les premières notes de la partition de Bach en direct, quand un couple vêtu de noir déambule lentement sur scène avant de se rapprocher de plus en plus et de s’enlacer. D’autres couples en noir les rejoignent, les femmes en justaucorps et les hommes en collant et T-shirt noirs se fondant de plus en plus dans la lumière tamisée. Certaines images sont d’une grande poésie : un homme aux jambes pliées positionne une femme sur ses cuisses comme la proue d’un navire, les cinq hommes se retournent et font le signe de Victoire avec leurs bras ou encore la frise égyptienne mimée. 

Malgré la beauté indéniable des mouvements et leur parfaite synchronisation avec la musique, la chorégraphie ne parvient pas à transcender le public. La succession de beaux mouvements bien que captivante pour l’œil, laisse le goût d’un divertissement plaisant mais sans grande substance, vite oublié par le tomber du rideau. 

Forsythe à la barre

Pour la deuxième partie, le Boston Ballet a présenté Blake Works III (The Barre Project), fruit de la collaboration entre le génialissime chorégraphe américain William Forsythe et le brillant musicien britannique James Blake. Troisième volet de « The Barre Project », initié par Forsythe pendant la pandémie Covid-19, cette pièce offre une exploration fascinante de la virtuosité des mouvements rythmés sur une musique entraînante à la barre, l’outil d’entraînement quotidien des danseurs classiques. C’est la base de tous les pas acquis à l’échauffement : arabesques, tendus, dégagés, frappés. 

Forsythe utilise un espace épuré et confiné entre deux rideaux pour explorer les possibilités infinies des mouvements sur une barre. Sur scène se succèdent alors des solos et des duos qui exécutent des pas de deux, des portés, des sauts et des pirouettes rapides dans un rythme effréné. L’utilisation de la musique électronique avec une touche de hip hop apporte une dimension moderne à la pièce, fusionnant ainsi le ballet classique avec des rythmes urbains contemporains. 

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En fait, c’est une sorte de « battle » de danse classique assez ludique, qui souligne les prouesses athlétiques des danseurs. La pièce est ponctuée de moments poétiques et envoûtant quand la chorégraphie se fait plus douce et tendre sur le morceau Lullaby for the Insomniac. Forsythe signe un grand hommage à la barre et aux heures d’entraînements des danseurs afin de perfectionner leurs techniques.

Une apothéose sur l’être et le paraître

Créée en 1995, et entrée à l’Opéra de Paris en 2001, « Bella Figura » est incontestablement le chef d’œuvre du chorégraphe tchèque Jiří Kylián. Cette pièce, parmi les plus puissantes et mystérieuses du chorégraphe explore la thématique de l’être et le paraître sur fond de musique baroque composée de Vivaldi, Torelli, Pergolèse, Marcello et Lukas Foss d’après Rossi. 

Le ballet commence avant l’extinction des lumières et les danseurs en tenue de ville discutent comme si de rien n’était, ils s’échauffent et rigolent. Deux mannequins nus tels Adam et Eve descendent du plafond dans deux cages en verre. On pénètre dans l’intimité des échauffements des danseurs juste avant spectacle. Puis les lumières s’éteignent enfin et arrive alors l’une des plus belles scènes de cette création, une de ces scènes qui marquent les esprits pour l’avoir vu il y a presque dix ans à l’Opéra Garnier. Des rideaux qui enlacent une danseuse seins nus. Ensuite d’autres danseurs apparaissent et disparaissent comme des pantins entre les mains de forces plus grandes. On entend le bruit de froissement des robes rouges somptueuses et on assiste à des scènes d’une grande sensualité, comme celle entre deux femmes en jupes rouges et torses nus, qui se tendent comme deux fleurs qui perdraient leurs pétales avec le vent. Dualité fascinante entre image projetée et réalité intérieure. Kylian nous question sur nos propres masques, nos combats intérieurs et notre capacité à faire « bonne figure », même quand tout fout le camp. Un chef d’œuvre d’une intelligence rare qui nous percute de plein fouet qui laisse pantois. 

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