OPÉRA – Après Berlin et New York, le concept dernier cri « Opera Dinners » débarque à Paris. Plus qu’une simple soirée mondaine, l’opération se veut aussi un tremplin pour une nouvelle génération de musiciens et d’artistes lyriques, qui va à la rencontre d’un public de mécènes potentiels dans une ambiance plus décontractée que celle des grandes maisons d’opéra. Une équation gagnante qui fait fureur : les convives savourent un moment rare tandis que les jeunes talents lyriques y gagnent en visibilité. Une soirée qui mêle opéra et convivialité, dans un lieu qui vaut le détour !
Comme ça, on pourrait croire à une énième soirée mondaine. Pourtant, le concept « Opera Dinner », né en 2014 entre Berlin et New York veut réinventer l’art du mécénat. L’idée est simple : combiner les plaisirs d’une soirée à thème à ceux d’un show lyrique, le tout dans un lieu d’exception, tout en récoltant de l’argent pour les artistes (NDLR : le site de l’événement indique que ses « chanteurs et chanteuses sont souvent recrutés pour des mariages ou des anniversaires à la suite de leur performance ». Don’t act.)
Du « Palais am Stadhaus » à Postdam à des soirées thématiques autour de « Carmen » ou des « Années folles », cette initiative philanthropique est un succès grandissant qui permet à de jeunes talents lyriques de prendre leur envol. Sur le papier, c’est gagnant-gagnant.
FEDORA : projets pour demain
L’effervescence de cette soirée fait écho à l’annonce des 12 projets nommés pour les prix FEDORA 2025, qui s’est tenu plus tôt dans la journée au Palais Garnier. Créé en 2013 dans un but non lucratif, FEDORA s’impose comme un nouvel acteur du mécénat culturel européen, s’engageant à « soutenir et contribuer au futur de l’opéra et de la danse en Europe ». Ces prix veulent jouer un rôle dans le renouvellement de la scène culturelle européenne à travers quatre catégories : Opéra, Danse, Éducation et Digital.
Cette initiative, soutenue par des fonds privés encourage l’innovation artistique et la collaboration internationale, comme le montre l’édition actuelle : 52 projets de 26 pays, impliquant 259 artistes et 112 organisations culturelles. Lors de la présentation, les invités déambulent de stand en stand pour venir à la rencontre des artistes qui abordent des thèmes contemporains essentiels comme l’identité, l’inclusion, le féminisme ou la crise climatique. Les projets sont choisis pour leur innovation, et les récompenses distribués veulent « encourager les artistes émergents à renouveler leurs genres ».

Petits fours…
Nous voilà donc dans un somptueux hôtel particulier parisien du Second Empire sur les Champs-Élysées, pour assister à une soirée hors du temps. Les invités masqués parés de robes longues et costumes, déambulent de pièces en pièces dans une atmosphère rappelant tantôt le faste des bals vénitiens, tantôt les soirées mystérieuses d’Eyes Wide Shut. Une ambiance cosmopolite assez unique.
Le programme se découpe en deux parties. À 20h30, le pianiste François Lambret ouvre les festivités en s’attaquant à la Valse op. 64 No 2 de Chopin. Lui succède Diana Tishchenko, la violoniste ukrainienne virtuose avec L’été, le tube de Vivaldi, suspendant même les papotages et le grignotage de petits fours. Une pointure dans son domaine : plus jeune violon solo de l’Orchestre des Jeunes Gustav-Mahler et lauréate Grand Prix Jacques Thibaud du prestigieux concours Long-Thibaud-Crespin en 2018, elle a depuis signée chez Warner Classics/Erato. Puis le tenor argentin Nicolàs Romero clôt la première partie avec un Nessun Dorma de Puccini bouleversant. Son timbre profond résonne dans le salon, même si l’acoustique est loin d’être idéale. Un entracte permet aux convives de déambuler avec une coupe de champagne et de savourer des mignardises, immortalisant les lieux pour leurs réseaux sociaux, tout en admirant le faste du lieu.

Grands tubes !
La seconde partie est une autre collection de tubes : la soprano française Léa Trommenschlager enchante avec un pétillant J’ai deux amants (Guitry & Messager), Norma Nahoun avec sa voix de velours nous bouleverse avec « O mio babbino caro » (Gianni Schicchi) tandis que Romain Dayez et son timbre intense impressionne avec The Impossible Dream de Mitch Leigh. L’apothéose arrive avec deux morceaux d’ensemble : « Masquerade » du Fantôme de l’opéra – passage obligé pour le thème de la soirée et Libiamo (La Traviata) de Verdi avec un Nicolàs Romero qui nous électrise par sa présence scénique. En guise de bis, O sole mio achève cette partie lyrique, avant que la soirée ne se transforme dans la fête d’un DJ set.
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Bref, l’Opera Dinner de Paris est une soirée qui ne manque pas de panache, malgré une acoustique imparfaite. L’intimité d’un salon de musique de luxe permet à un public composé aussi bien de néophytes que de mélomanes d’apprécier les plus grands airs d’opéra, dans un cadre qui fait beaucoup pour la réussite de cette soirée.

