Currentzis et l’ONP : 100 000 voltes

COMPTE RENDU – L’Orchestre de l’Opéra de Paris se délocalise à la Philharmonie pour une soirée placée sous le signe du ballet. L’occasion pour l’ensemble de retrouver la direction débridée de Teodor Currentzis, qui ne manque pas une fois de plus de faire réagir.

Quel orchestre mieux trouvé que celui de l’Opéra de Paris pour un programme tout entier consacré à la danse ? Mais au milieu de L’Oiseau de feu, Daphnis et Chloé et La Valse, le danseur ne fut pas celui qu’on croit.

Maître à danser

A la tête de l’Orchestre de l’ONP, qu’il retrouvera bientôt pour Castor et Pollux, Teodor Currentzis ne dirige pas : il danse. C’est L’Oiseau de feu qu’il semble vouloir incarner, dirigeant par l’amplitude de ses bras, dans un mouvement d’envol plus que dans la précision du geste.

Teodor Currentzis est fidèle à lui-même : l’effet qu’il recherche, c’est le sursaut, le jaillissement. Ainsi, après une première partie qui peine à déployer ses ailes – malgré d’intéressants effets de rebond dans la « Ronde des princesses », et un solo de cor rendu vibrant et rayonnant par l’acoustique des lieux – c’est une « Danse infernale du Roi Kastcheï » violente et poussée jusqu’au vertige qui retentit. La salle Pierre Boulez retient son souffle jusqu’à la délivrance de la « Berceuse ». C’est frappant, débridé, physique ; mais lorsque l’œuvre s’achève, on se dit qu’on l’a déjà entendue, par ce même orchestre, autrement plus narrative et avec un lyrisme plus soigné : poussé au paroxysme de ses moyens sonores, ses ailes de géant l’empêchent de danser.

Ravel caniculaire

Autre sommet du répertoire chorégraphique, la Suite n°2 de Daphnis et Chloé est un incontournable de l’orchestre de l’ONP. Relu par Teodor Currentzis, le « Lever du jour » annonce une journée caniculaire tant il est chargé, sensoriel. Les ailes d’oiseau ont laissé place à de grandes vagues que le chef dessine de ses bras, grande chorégraphie illustrative plus que direction académique, et qui inspire particulièrement les pupitres des vents – dont la flûte, le hautbois et la clarinette solo, de très grande qualité tout au long du concert. 

Mais là encore, on regrette que les effets ne passent que par le forte voire le fortissimo, et jamais par des nuances plus douces ou des raffinements orchestraux – surtout avec un si beau son d’ensemble dans la « Danse générale », et les capacités narratives que l’on connaît à cet orchestre, forgées tous les soirs dans la fosse de l’Opéra.

Valse à mille volts

Oui on est impressionné physiquement par un fortissimo et les décibels qu’un orchestre est capable d’émettre. On a même la sensation que pour un public, la réponse naturelle à une haute intensité sonore est de relâcher la pression par des applaudissements. Mais est-ce vraiment la performance « physique » d’un orchestre que l’on vient apprécier ?

Car dans La Valse là encore, l’orchestre de l’ONP fait entendre des couleurs chatoyantes et des capacités idéales pour ce répertoire. Mais c’est une valse qui a bien plus de corps que d’esprit, où la battue extrêmement verticale de Teodor Currentzis bride les élans lyriques, en dépit de cordes chantantes. Le chef s’intéresse davantage aux aspérités et aux effets disruptifs d’une partition qui ne nous fera pas danser, mais nous abreuve de son – heureusement fort beau.

Eh bien ! Dansez maintenant

Si Teodor Currentzis est un chef de l’effet, c’est sans doute l’effet de surprise qu’il a le mieux ménagé lors de cette soirée, alors qu’en bis résonne le Boléro de Ravel. Jusque-là, rien de bien original. Mais voici que le chef décide de diriger sans utiliser ses bras ni ses mains. Il se fait littéralement danseur en suggérant le tempo et les phrasés par son corps ; et le plus surprenant est encore que la magie opère précisément à ce moment-là. La qualité du phrasé, la lumière qui se dégage des vents, le lyrisme des cordes qui fait que le chant rejoint la danse… Ce qui était cabotinage du chef devient élan organique pour l’orchestre. 

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C’est à n’y plus rien comprendre ; mais nos réserves tombent bien à cet ultime pan du programme. Le public quant à lui semble n’en avoir jamais eu, saluant Teodor Currentzis par une standing ovation… alors laissons-le danser.

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