Dans les allées d’Ailey

DANSE – Visite dans les allées du musée Alvin Ailey, à l’occasion de leur show de fin d’année au New York City center. Une plongée dans l’héritage de cette compagnie qui a traversé certains des moments les plus décisifs de l’Histoire afro-américaine.

Alvin Ailey charme les new-yorkais depuis le 4 décembre, mais pour les plus curieux d’entre eux, l’héritage et le parcours de sa compagnie sont exposés au Whitney Museum depuis bien plus longtemps, déroulant le tapis rouge avant l’arrivée des danseurs à New-York. Avec un programme qui s’étend sur plusieurs semaines, il combine en toute fluidité l’héritage et l’innovation, présentant les numéros chorégraphiques comme un magicien sort les lapins de son chapeau. Sommes-nous à un spectacle ? À une exposition ? Oserions-nous : au deux en même temps ?

Attachez vos ceintures : direction les 70’s !

Cette soirée d’ouverture a une saveur singulière, avec ses deux chorégraphies récentes, et deux autres prises dans les 50 ans de travail de la compagnie qui se trouve à la fois ressuscitées et ravivé. Mais, comme pour toute expo intelligemment montée, commençons par les origines : The Revelations, créée en 1960 est une pierre angulaire de la danse Américaine moderne, célébrant la résilience et la spiritualité, dans un équilibre de valeur intemporelles et d’évocations concrètes du passé, en emmenant le spectateur dans les « souvenirs de sang » de M. Ailey, dans son enfance religieuse baptiste du Texas profond. En honorant l’héritage afro-américain, les danseurs évoquent toute ses nuances : les luttes, la joie et l’espoir, ce dernier tissant un fil rouge tout au long de la performance. L’Histoire est jouée devant nous, à voix haute. La relique, si bien exposée, vit encore, toute en mouvement et en rebond : elle n’est pas près de s’arrêter.

In a sentimental mood…

Contrairement à ce que suggère le titre de notre article, il y a de la place ici pour le lyrisme des sentiments, qui n’échappe à personne, même à l’œil le plus distrait. Imaginez-vous un couloir vide et une porte isolée. Le numéro Moi, Moi-même et Toi ressemble à ces salles obscures cachées derrière un rideau noir qui projettent un film de cinéma indépendant qu’on ne comprend pas au départ, mais qui nous laisse avec une sensation persistante dans la poitrine, et qu’on ne peut s’empêcher de regarder. Plongée dans l’obscurité et l’intimité, la performance mérite qu’on relève cette légèreté absolue, et pourtant le reflet pesant qu’elle impose. Le duo de Caroline T. Darley et James Gilmer performe tout en sophistication. Ils tombent, mais ne font aucun bruit. Elle pleure, et pourtant reste stoïque. Il la saisit, mais ne la tient pas. L’impression laissée sur leur corps ruisselle, éphémère, mais pourtant laisse son empreinte sur nos mémoires. Le souvenir d’amours passées, accompagné par le In a Sentimental Mood lyrique de Damien Sneed et Brandie Sutton, touche en nous une corde que nous ne soupçonnions pas.

Un ange passe

Et enfin, la section sur les classiques. Certains d’entre nous sauteraient cette section lors d’une visite normale d’un musée (ne sont-ils pas tous un peu pareils ?), mais pas cette fois-ci. L’Alvin Ailey American Dance Theater mélange l’ancien et le nouveau dans la célébration de son héritage. C’est avec plaisir qu’on constate qu’ils ne se reposent pas sur leurs lauriers, poussant leurs forces créatrices toujours plus loin. Dans leur quête, de nouvelles idées naissent et portent loin. Many Angels, la nouvelle chorégraphie de Lar Lubovich, a été présentée pour la première fois ce soir et a élevé la soirée à un niveau céleste (sans jeu de mots). Les six danseurs utilisent leurs corps comme une extension les uns des autres. Dans une combinaison de paysages dramatiques en constante évolution, faits de tulles fluides et de lumières qui ne peuvent être comparées qu’à un lever de soleil froid de décembre, nous assistons à la création du monde à travers la danse et la musique. La force de la chorégraphie réside dans sa capacité à créer des moments de calme dans la douceur de mouvements angéliques. Nos yeux suivront ces mouvements, frappés par leur transformation soudaine en statues immobiles, soigneusement placées, figées dans les poses les plus dramatiques – celles que les Grecs revendiqueraient comme étant les leurs.

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Bien que trois semaines semblent suffisantes pour présenter les réalisations artistiques d’une compagnie de danse, il semblerait qu’avec les prévisions météorologiques à venir, Alvin Ailey pourrait envisager de prolonger son séjour. La compagnie, qui célèbre l’héritage afro-américain et la danse, évolue constamment mais ne change jamais sa direction passionnée, a beaucoup à offrir et conserve à juste titre son statut élevé dans le monde de la danse moderne. On recommande aux amateurs de danse new-yorkais de se rendre au New York City Center et de voir cette histoire vivante se dérouler sous leurs yeux.

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