CONCERT – Les portes de Notre-Dame de Paris ont réouvert pour offrir à nouveau une saison de concerts après un peu plus de 5 ans de fermeture due à l’incendie. Après le réveil de l’orgue, un cycle de récitals est donc donné à chacun des quatre titulaires de l’instrument.
Vincent Dubois, l’un des quatre fantastiques de Notre-Dame de Paris, renoue avec ses amours délaissées pour un temps : les grandes orgues de Notre-Dame de Paris. Audacieux pour son récital inaugural, il propose un programme aux sonorités souvent dissonantes, mais qui constituent autant de délices épicées. Rappelons-nous alors avec beaucoup d’arrogance cette subtilité que les mots « orgue », « délice » et « amour » sont bien féminins au pluriel !
Programme bestial
Revenons donc à notre programme dans l’ordre : la Symphonie n°6 de Louis Vierne, L’Enfant noir de Jean-Louis Florentz et la Suite pour orgue de Maurice Duruflé. Le public, venu au grand complet, attendait dehors dans une file longue comme la place-parvis de Notre-Dame. Une fois entré et installé, l’orgue se réveille et ne manque pas de rugir une première fois, grâce à la boîte expressive, dont l’effet est de permettre de varier le volume du son produit. Les plus curieux peuvent voir clairement sur les écrans de côté que l’artiste ne semble pas se débattre pour autant, comme s’il avait un filin qui maintenait avec fermeté l’instrument aux cinq claviers devant lui.
Au contraire, ses mains placées sur les claviers, à la manière d’une main posée sur une souris d’ordinateur, montrent de l’agilité, presque de la délicatesse, mais surtout du contrôle. Le contraste avec ce que l’on entend est parfois troublant. Le son est souvent bien plus imposant que les gestes qui le produisent !
La bête rugit
Pour ce nouveau réveil de l’orgue par Vincent Dubois, le programme est un immense défi. L’attrait des dissonances, des changements de jeux (parce qu’il faut bien montrer tout le potentiel de l’instrument) et de la puissance générale des orgues de Notre-Dame ferait trembler les oreilles les plus conservatrices. Additionnés à une réverbération longue, à plus de cinq secondes pour les sons les plus forts, le magma de notes et de chromatismes forme un tapis sonore qui semble faire trembler la cathédrale, surtout dans le Finale de la Symphonie n°6 de Louis Vierne.
Pattes de velours
Les mains du Maître Dubois se déploient entre les claviers comme des pattes de chat sautillant entre la table et la fenêtre du salon, montrant de manière ostensible les changements de sonorités de l’instrument. Pas de bruit lors du changement de registration (on change les tuyaux affectés aux claviers) grâce aux commandes numériques de l’orgue et au soin apporté à la rénovation, les changements sont fluides et si naturels que l’on pourrait ne pas y prêter attention. En revanche, placées ci et là, des sonorités émergent, surtout dans l’Enfant noir, pour le plus grand plaisir des auditeurs avides de belles découvertes.
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7952 tuyaux ronronnants
Le grand animal aux 7952 tuyaux est aussi capable de douceurs. Parfois feutré dans le grave, débarrassé des chamades et trompettes, les jeux de Flûte renouent avec des sonorités plus compatibles à l’exercice de la liturgie. L’audace de Vincent Dubois se conclut avec la Suite pour orgue de Maurice Duruflé, qui remet l’orgue dans une lignée plus traditionnelle. Un Prélude, une Sicilienne, et pour clore le récital, une Toccata absolument décoiffante…
Demandez le programme !
- L. Vierne – Symphonie n°6
- M. Duruflé – Suite pour Orgue
- J.L. Florentz – L’Enfant Noir

