OPÉRA – L’Opéra national de Paris propose à Bastille une reprise de la production de Manon de Jules Massenet dans la mise en scène de Vincent Huguet et placée sous la baguette de Pierre Dumoussaud.
Grâce aux deux interprètes principaux de cette reprise, Amina Edris sublime (remplaçant Nadine Sierra qui s’est retirée de la production), et Benjamin Bernheim au sommet de son art, cette Manon s’élève très au-dessus de la production chaotique et art déco proposée par Vincent Huguet. Si souvent on commente les mises en scènes, permettez-nous d’insister cette fois sur le duo de chanteurs au plateau. Parce qu’ils le méritent, plus que tout…
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Manon règne sans partage.
Comment le Chevalier Des Grieux pourrait-il se dérober aux sortilèges de cette femme-enfant partagée entre un amour sincère et le désir de s’émanciper de sa condition en passant par des chemins de traverse dangereux ? Amina Edris possède la jeunesse et la fraîcheur souhaitée pour incarner cette Manon aux multiples facettes. Tour à tour candide ou aguicheuse, fière de sa beauté et de sa réussite, puis de nouveau amoureuse résolue à Saint-Sulpice et enfin repentante sur les chemins douloureux de la déportation, son interprétation de Manon a tout pour rendre sa complexité au personnage.

La ligne de chant est un modèle d’élégance et de suavité, toute parsemée de nuances et de diminuendos enchanteurs. Seul le suraigu au Cours-la-Reine apparaît plus fragile, plus délicat d’émission, mais l’émotion qui se dégage de son chant pallie à ces difficultés. Son interprétation de la « Petite Table » aux accents sobres et émouvants enchante. Par ailleurs, elle se garde bien de faire un grand numéro solitaire au Cours-la-Reine. Le duo de Saint-Sulpice avec le Chevalier Des Grieux ne manque pas de passion et de coquetterie, même s’il requiert peut être une voix aux accents plus intenses.
Bernheim, chevalier sans reproche
À ses côtés, Benjamin Bernheim offre une interprétation anthologique de Des Grieux, passionnée et fouillée. Avec le temps, son jeu s’avère plus assuré, plus proche du vécu. Depuis 2020 et 2022, Des Grieux au sein de cette même production, l’homme et l’artiste se sont affirmés tout en conservant un potentiel vocal intact, sinon encore bien supérieur. Dès les premières mesures, sa prestation plonge l’auditeur au cœur du beau et de l’authentique, dans la pleine continuité de son récent Werther au Théâtre des Champs-Elysées. Décidément, Massenet lui va comme un gant ! Qu’admirer le plus au sein de ce chant qui semble dégagé de toute contrainte, avec cette élégance de ton, ce soutien parfait au niveau du souffle, cette diction exemplaire, ces aigus rayonnants et magnifiquement tenus ?

Le couple formé avec Amina Edris fonctionne à merveille. Le reste de la distribution n’atteint pas ces sommets malheureusement, et souffre de faiblesses. L’autre bonheur vient de la direction de Pierre Dumoussaud, qui propose une approche vive et dynamique, très respectueuse et attentive aux chanteurs. La musique de Massenet prend tout son relief sous sa baguette, qui trouve dans l’Orchestre de l’Opéra et les Chœurs les meilleurs partenaires qui soit.
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Le public de l’Opéra Bastille a fait une ovation sans pareille aux deux interprètes principaux et au chef. Pierre Dumoussaud vient d’ailleurs d’être nommé Directeur musical de l’Opéra Orchestre de Normandie Rouen, succédant à la rentrée 2026 au talentueux Ben Glassberg. Heureux public normand, qui nous donne une raison supplémentaire de faire un tour du côté de chez eux !

