AccueilA la UneLe Requiem de Berlioz à la Philharmonie : le son prend corps

Le Requiem de Berlioz à la Philharmonie : le son prend corps

CONCERT — Philippe Jordan retrouve l’Orchestre et les Chœurs de l’Opéra national de Paris pour rendre toute sa vitalité à la Grande Messe des Morts de Berlioz, à la Philharmonie de Paris. 

Berlioz n’aimait pas Dieu. Mais il savait lui construire des maisons.

Berlioz le disait lui-même : si toute son œuvre devait brûler, c’est pour ce Requiem qu’il demanderait grâce. Pas la Symphonie fantastique. Pas les opéras. Composée à 34 ans dans une « fureur », par un homme qui trouvait Dieu « stupide » mais avait compris que la religion est le plus grand théâtre qui soit. Le texte du Requiem, une proie dramatique incomparable.

80 choristes posent les murs

Vendredi soir, les 80 choristes de l’Opéra national de Paris étaient loin des 220 prescrits par la partition. Ça ne s’est pas entendu. Dès le Requiem et Kyrie, la puissance du chœur et la réverbération naturelle de la salle Boulez faisaient le reste : les forte monstrueux, les piani sacrés et tenus avec une précision qui donnait à chaque silence le poids d’une pierre. Personne n’a cherché à compter les absents.

La nef s’ouvre et les cuivres envahissent l’espace

Berlioz avait pensé son Tuba mirum pour la chapelle Saint-Louis des Invalides, un espace où le son voyage entre les murs, rebondit, surprend. Quatre groupes de cuivres aux quatre coins de la salle Boulez créaient une antiphonie spatiale où le son ne venait plus de la scène mais de partout à la fois. Et quand ils arrivaient, les douze percussions déclenchaient un tonnerre qui atteignait le corps avant l’oreille. On avait l’impression qu’il y avait dans la salle plus de musiciens que de musiciens présents. Comme si l’espace lui-même jouait.

La voûte est fissurée. Jordan murmure ce qu’on n’entend pas

De dos, en frac queue-de-pie, Philippe Jordan avait par instants une silhouette qui n’était pas sans rappeler Berlioz lui-même. Au Sanctus, on le voyait articuler les mots comme un messager entre la partition et quelque chose de plus grand que personne n’entendait vraiment. Problème : Pene Pati, ténor, quasi invisible, régulièrement couvert par l’orchestre. La ligne mélodique du Sanctus, l’une des plus belles de la partition, se perdait par instants.

L’intention était lisible : un effet de lointain céleste. La voûte, à cet endroit précis, laissait passer un courant d’air.

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La cathédrale debout

Les pizzicati finaux de l’Agnus Dei posaient les dernières pierres. La salle retenait son souffle. Puis vinrent les ovations.

Berlioz n’aimait pas Dieu. Vendredi soir, Philippe Jordan en était le maître d’œuvre. Et l’édifice tenait.

Ce concert est disponible en replay sur Paris Opera Play et en streaming sur France Musique
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