Philharmonie : Khatia’s got Talent !

CONCERT – Ce lundi 2 juin, la Grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie prend des airs de plateau télé haut de gamme : tapis rouge, projecteurs, et surtout une distribution cinq étoiles réunie par la star du clavier, Khatia Buniatishvili. Pas un concert comme les autres, non : plutôt une grande finale de « Khatia’s Got Talent », version musique de chambre, avec une série de numéros tous plus renversants les uns que les autres.

Guillaume Gallienne, en maître de cérémonie chic et lyrique, ouvre le bal avec Liberté de Paul Éluard. Sa voix fait résonner les murs, et donne le ton : ce soir, on va avoir droit à du beau, du très beau, avec une pointe de théâtralité. Le programme, véritables montagnes russes émotionnelles, déroule un spectre musical qu’on dira large. De Bach à Piazzolla, les œuvres se succèdent dans un enchaînement fluide et naturel.

© E. Bauer

La Valse : danse avec une star

Khatia entre en scène pour La Valse de Ravel, avec Gabriel Durliat, chacun à son piano. Il ne s’agit pas ici de faire dans la dentelle : l’exaltation flirte avec la démesure, jusqu’à menacer l’intégrité du clavier. Chaque note explose, chaque phrase semble danser au bord du précipice. Ravel oblige : on entend presque un orchestre entier sortir des capots.

© Julien Mignot

Axelle Saint-Cirel : The Voice

Place ensuite à la douceur, avec Axelle Saint-Cirel, qui livre une interprétation presque chuchotée de Sure on this shining night de Barber : on croirait entendre le souffle d’un souvenir. C’est intime, suspendu, en contraste total avec la tornade ravélienne.

Puis entre en scène Daniel Lozakovich, violon poétique et magistral, pour la grande sonate de César Franck. Il tire de son instrument des sonorités d’une limpidité absolue, le genre de jeu qui semble ne pas toucher terre.

Funambules et corde raide

Moment de grâce : l’Élégie de Massenet, avec Gabriel Durliat au piano, Edgar Moreau au violoncelle et Axelle Saint-Cirel au chant. Khatia, ici en retrait, laisse la scène à un trio intime, dont la délicatesse prend le public par surprise.

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Puis vient le show Rachmaninov : Trio élégiaque n°1, avec Khatia, Daniel et Edgar. Le violoncelle résonne dans toute sa pureté, jusqu’à ce que… clac ! une corde lâche. Le public frémit. L’émotion, elle, ne se rompt jamais.

En solo, en famille, en feu

Khatia revient seule pour la transcription signée Bach d’un Adagio de Marcello : un moment suspendu entre musique et silence, qui tient plus du murmure que du discours.

Puis entre la sœur : Gvantsa Buniatishvili ! Une Rhapsodie hongroise n°2 façon duel de haut vol. Les deux pianistes échangent les mains avec une précision digne d’un tour de magie, se répartissent les octaves comme on partage un gâteau, et prennent le piano d’assaut comme deux félines de salon.

Final sous haute tension

Avec la Czardas de Monti, Khatia et Edgar enflamment la salle : virtuosité, synchronisation, énergie contagieuse. Le public retient son souffle, fasciné par ce numéro de haute voltige.

Et pour finir, rien de moins qu’un Libertango de Piazzolla bien frappé : Khatia et Gvantsa, dans une dernière démonstration de puissance et de sensualité. La salle, hypnotisée, explose en applaudissements.

Verdict du jury : 10/10. Standing ovation.

Pas de perdants dans cette grande finale. Que des virtuoses — jeunes, confirmés, poètes, bêtes de scène — unis par une maîtresse de cérémonie hors normes. Khatia ne fait pas que jouer : elle crée une communauté musicale vivante, touchante, ébouriffante. Le jury repart conquis, un peu secoué, et avec une seule envie : voter pour que cette émission ait une saison 2.

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