CONCERT – Le spectacle vivant réserve toujours sa part de surprises. À l’Abbaye royale de Fontevraud, le spectacle baptisé Eclipse Symphonique réunissait l’Orchestre Stradivaria dirigé par Guillaume Cuiller, l’artiste visuel Jérémie Bellot et le compositeur électro Ena Eno.
L’expérience immersive annoncée a bien eu lieu — simplement pas comme prévu : une soirée où Mozart, l’électro, un mapping somptueux et… une pluie têtue ont composé un étrange quatuor. Chronique au fil de l’eau (littéralement).
21h15
Le bar Langlois ouvre. Le public arrive doucement ; la façade de l’abbaye s’éclaire en rouge, sur un fond de beat électro. Les chemins sont illuminés en couleurs. Une arrivée atypique pour un concert classique, qui évoque davantage un gala.
Les spectateurs s’installent tranquillement sur la pelouse devant la scène, avec en toile de fond le chevet imposant de l’abbaye.
Quelques gouttes commencent à tomber, provoquant un début de mobilisation : on sort les vestes imperméables, sans panique.
22h00
L’ambiance est détendue. Les regards se lèvent régulièrement vers le ciel.
Le public, globalement jeune et varié, fait preuve de patience.
22h15
Entrée en scène de l’Orchestre Stradivaria. Petite montée d’adrénaline : la pluie, qui semblait vouloir s’inviter, marque une pause. L’espoir renaît.
22h18
Sortie en scène de l’Orchestre Stradivaria. La pluie redouble.
Guillaume Cuiller annonce avec calme : « Nous reviendrons dès que possible. »
Le public applaudit et reste sur place.
22h47
La pluie persiste, façon éclipse liquide. Le public tient bon : quelques-uns se réfugient sous les arbres ou à l’abri des murs de l’abbaye, mais la majorité reste assise, trempée et déterminée. Fidèle au poste.
Changement de programme : le DJ Ena Eno entre en scène plus tôt que prévu. Sous une tente improvisée, il lance son set, initialement prévu après le concert.
Sa musique électro, assez minimaliste, repose sur des nappes de piano électronique et une acoustique simple et détendue.
Le tout est accompagné d’un mapping visuel signé Jérémie Bellot sur la façade de l’abbaye : construction scénique presque picturale, qui capte le regard malgré la pluie, métamorphosant la façade de l’abbaye en un univers mouvant.
À un moment, Ena Eno s’empare d’un violon pour quelques solos en live. Ceux-ci ne s’entendent malheureusement pas bien dans le mix général, mais l’intention est là.
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22h49
La pluie s’arrête net. Les techniciens se précipitent : on éponge, on ajuste. L’espoir re-renaît.
23h35
Deuxième tentative : l’Orchestre Stradivaria revient.
Guillaume Cuiller demande au public de se rapprocher de la scène : les instruments ne seront pas amplifiés comme prévu.
Le public répond avec enthousiasme : en quelques instants, tout le monde se rapproche, créant une ambiance beaucoup plus intime.
Guillaume annonce également qu’au vu de l’heure et des conditions, il ne sera pas possible de jouer l’intégralité de la Gran Partita. Ce sera une « petite » Partita.
23h40
Le concert démarre enfin. Le public écoute avec attention.
Les musiciens jouent avec plus de projection pour compenser l’absence d’amplification. Les contrastes restent bien perceptibles.
Les solos passent de manière claire et cristalline. L’ensemble reste cohérent malgré les contraintes.
Une partie du public, ayant peut-être un poil trop profité du bar Langlois, continue à parler à voix haute pendant le concert, ce qui gêne par moments l’écoute.
Le mapping continue d’habiller l’abbaye pendant que la musique de Mozart se déploie dans un effet visuel et sonore saisissant de naturel.
00h21
Fin du concert. L’orchestre aura joué 5 des 7 mouvements de la Gran Partita.
Le public applaudit chaleureusement. On ressent une émotion collective forte après cette soirée pleine de rebondissements.
Conclusion
Le spectacle vivant reste… vivant. Il implique toujours une part de risque — Thomas Jolly pourrait en témoigner.
Malgré les intempéries, la soirée a permis à la musique classique d’occuper la place centrale, ce qui semble avoir beaucoup touché le public.
Un public varié, très patient et compréhensif, qui a su accompagner les artistes jusqu’au bout de cette drôle de traversée.

