Trifonov, Harding : les héros du FROM

FESTIVAL – Deux œuvres romantiques et héroïques. Deux interprètes de renom. Telle était l’affiche de ce concert au Festival Radio France Occitanie Montpellier. Au programme : le Concerto no 3 de Rachmaninov et le poème symphonique Une vie de héros de Richard Strauss, interprétés par Daniil Trifonov, Daniel Harding et l’Orchestre philharmonique de Radio France.

Héros d’avant

Il s’agissait sans doute d’une des affiches les plus attendues de cette édition 2025 du Festival Radio France Montpellier : le Corum a fait salle comble. À cette occasion, le directeur Michel Orier a tenu à rendre hommage aux héros du festival, ses deux fondateurs Jean-Noël Jeanneney (alors président de Radio France), Georges Frêche (alors maire de Montpellier) et son premier directeur René Koering (alors directeur de France Musique). Le festival a beaucoup changé depuis en s’ouvrant à d’autres genres musicaux, comme le jazz ou la variété. C’est aujourd’hui comme une fête de la musique prolongée en plein été du midi. Un cadre de choix qui ne manque pas d’attirer, publics et artistes confondus.

Daniil : héros du piano

Le concert a débuté par le Concerto no 3 de Rachmaninov, créé en 1909. Une œuvre imprégnée de mélancolie, et évidemment de romantisme tardif. Couleurs et nuances se déploient aux accents de l’orchestre philharmonique de Radio France en un souffle épique. Le même souffle anime le piano de Daniil Trifonov. Il n’est certes pas l’interprète le plus communicatif, mais son jeu, captivant par sa dextérité, reflète une maîtrise totale de l’instrument sans surenchère. Tout au long des trois mouvements, il garde la même posture imperturbable, un peu voûté sur ses touches, tandis que ses mains dessinent des paysages sonores, déposant le thème du premier mouvement, douce mélodie à mi-chemin entre chant populaire slave et cantique orthodoxe, puis soutenant la cavalcade finale de l’orchestre d’un lyrisme extrême, ponctuée de coups de timbales. Il sera très applaudi.

Harding : héros de l’orchestre

Un effectif colossal est requis pour jouer le poème symphonique Ein Heldenleben (une vie de héros) de Richard Strauss. Aucun souci pour Daniel Harding, qui porte tel Hercule cette énorme masse instrumentale d’un bout à l’autre de la pièce. Sa direction est élégante, d’une précision d’orfèvre tout en gestes amples et mesurés. Dans cette partition tardive de Strauss, au croisement entre les styles de Wagner et Mahler, Harding instille la théâtralité du premier et le génie mélodique du second, sans rien céder à la lourdeur. Au contraire, l’œuvre révèle des contrastes entre plusieurs tableaux, voire personnages : bois dissonants staccato comme un ricanement, sonneries martiales de trompettes depuis les coulisses, duo de harpes célestes, long passage solo languissant du premier violon, forti tonitruants avec détonation de grosse caisse. Les autocitations de Strauss parsèment l’œuvre, la plus évidente étant l’arpège final lancé par les tubas, qui rappelle Ainsi parlait Zarathoustra.

À lire également : Trifonov – Babayan : la leçon de piano

Il serait trop tentant de lorgner les sous-titres donnés par le programme de salle, cependant ce dernier précise qu’ils ne sont pas de la main du compositeur et n’apportent rien à l’écoute. Daniel Harding en tout cas semble bien endosser ce caractère évocateur, tout en laissant au poème symphonique sa part de mystère. Il est acclamé unanimement par le public et les musiciens, ces derniers martelant des deux pieds en son honneur.

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