Au royaume du piano, Beethoven est roi

FESTIVAL – À La Roque d’Anthéron, le jeune pianiste russe Alexander Malofeev interprète le bien connu Concerto pour piano n°5 de Beethoven, accompagné de l’Orchestre national Avignon-Provence placé sous la direction de Debora Waldman. 

De L’Empereur à l’Héroïque, ce programme promettait du grand, du beau, et du majestueux – au royaume de La Roque d’Anthéron où le piano règne en maître.

Voie royale

Roi des concertos, le cinquième de Beethoven a des allures de passage obligé dans une carrière pianistique, et le soliste Alexander Malofeev possède, à seulement vingt-trois ans, dix ans de carrière à son actif. 

Crinière blonde et allure diaphane, Alexander Malofeev a tout d’un prince héritier de l’école russe : lauréat du Concours Tchaïkovski pour jeunes musiciens, ancien élève du Collège académique de Moscou, il s’est glissé dans les pas d’illustres prédécesseurs mais impose d’emblée un son bien à lui – hyper brillant, lumineux, quitte à noyer un peu les grands arpèges du premier mouvement sous une cascade de couleurs et de résonance. On admire surtout l’indépendance des mains, où chacune dispute à l’autre la palme de l’expressivité. On regrette seulement que la cadence soit un peu expédiée, et que le pianiste ne trouve pas dans l’Orchestre national Avignon-Provence un partenaire à son niveau de lyrisme et de délicatesse.

© Pierre Morales

Piano en majesté

Ce qui pèche chez les musiciens est ici un déséquilibre entre des cordes extrêmement sèches et des vents chantants, mais à un niveau sonore bien plus élevé que leurs collègues. L’Adagio met particulièrement les vents en valeur, mais cela ne participe pas à créer une fusion de l’ensemble, qui souffre surtout de violons rigides dans les coups d’archet et d’une musique qui respire peu. Globalement, tout cela manque de souplesse et de liant, et le piano, qui devrait être souverain dans cette œuvre, se trouve un peu freiné dans l’expression. On entend ainsi un deuxième mouvement assez peu contemplatif, mais joliment phrasé et emmené par le soliste, avant un Rondo auquel il insuffle une vie, une joie aussi, qui gagnent à chaque instant en liberté. Alexander Malofeev se confirme en pianiste éclairé, qui emporte tout sur son passage par le rayonnement du son et, à la faveur d’une Mazurka de Glinka en bis, par l’intériorité discrète mais nourrie dont il est capable – toute en phrasé, en délicatesse d’articulation, et en legato. Un jeune interprète qui assume déjà une identité sonore aboutie, doublée d’une humilité dans le jeu tout à son honneur.

© Pierre Morales

1805, année héroïque

On craignait un peu, suite à ce concerto, que la Symphonie n°3 ne soit un peu écrasante pour les forces en présence ; car autant un Empereur peut amplement préférer la majesté à la force, autant une Héroïque se doit de montrer par moments les muscles – même si l’œuvre est bien loin de se limiter à la démonstration de force. L’Allegro initial souffre un certain temps de cordes au son très mat et de coups d’archet acérés, qui ne permettent pas de sentir la direction de la phrase ni toute la matière sonore de l’ensemble. On connaissait déjà les qualités musicales de Débora Waldman : la cheffe montre aussi qu’elle possède l’autorité pour tenir un orchestre et l’emmener là où elle le veut. Elle tient les musiciens d’une main de maître et, progressivement, leur insuffle un legato, une élasticité de la phrase, et surtout un grand arc narratif. Elle se montre particulièrement inspirée dans le Scherzo, sans débordement, élégant et de haute tenue. C’est enfin le hautbois solo qui, dans le finale, couronne le tout, convoquant la douceur et l’humanité beethovéniennes avant une coda où la vie semble triompher de toutes les épreuves. Débora Waldman règne sur ses musiciens en les tirant sans relâche vers la force narrative et l’impact dramatique.

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Un jeune prince et une cheffe solide : voilà de quoi couronner le piano hero, et asseoir l’empire sur sa Roque !

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