FESTIVAL – La 32ème édition des Heures Musicales de l’Abbaye de Lessay ouvre les portes de la superbe abbatiale normande aux Cantates de Jeunesse de Jean-Sébastien Bach, par Sébastien Daucé et son Ensemble Correspondances, au sein d’une programmation baroque d’ensemble une nouvelle fois ambitieuse.
Tout juste après avoir triomphé en juillet dernier au Festival d’Aix-en-Provence avec La Calisto, Sébastien Daucé et son Ensemble Correspondances renouaient avec la musique religieuse de Bach. Ce même programme avait ouvert l’an dernier le 58ème Festival de la Chaise-Dieu. À Lessay, dans cette vaste nef épurée toute rayonnante de clarté, l’émotion ressentie l’an dernier semble encore plus palpable, plus accentuée. Ces trois Cantates de jeunesse de Bach se présentent comme une glorification du Seigneur au travers d’une réflexion profonde sur la mort (comme souvent), et sur la recherche des voies du salut éternel.
Bach en 3 points
Ces Cantates sont les premières composées par Bach, au cours des années 1707/1708. Que ce soit la première ici interprétée « Aus der Tiefe rufe ich, Herr, zu dir » (« Du Fond de l’abîme, je crie vers toi Seigneur ») ou la seconde « Gottes Zeit ist die allerbeste Zeit », (« Le Règne de Dieu est le meilleur de tous »), plus connue sous le nom « Actus Tragicus« , la foi et l’espérance résonnent glorieusement sous le son des violes et des flûtes. La troisième Cantate « Christ lag in Todes Banden », (Le Christ gisait dans les liens de la mort), apparaît plus âpre peut-être, plus douloureuse, même si chaque strophe se referme sur un Allelluia regardant vers la résurrection.
Correspondances : all-stars
Issus du chœur constitué, les solistes privilégient l’émotion à la démonstration, que ce soit la soprano Caroline Weymants, dont la voix pure et sonore emplit aisément le vaisseau architectural ou la basse Sebastian Myrus au timbre incisif. La belle partie d’alto est dévolue à Blandine de Sansal, voix soyeuse et pleine de juste gravité, et celle plus importante de ténor revient à Sebastian Maclaine, très respectueux de la partition et très investi en premier lieu.
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La qualité d’ensemble des Chœurs de l’Ensemble Correspondances n’est plus à souligner tant elle émane de chacune de leur prestation. Et que dire de l’Orchestre : la direction sensible et précise, toute traversée d’humanité, de Sébastien Daucé lui confère un rare degré d’excellence au sein du répertoire baroque qu’il ne cesse de révéler. L’Abbatiale de Lessay affichait complet pour ce concert et le public présent n’a pas boudé son plaisir. Lessay est transformée !

